Now You See Me 2: méprendre intelligence pour de l’insignifiance

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Jim Chartrand

Plus improbable, absurde et poussée que son prédécesseur, cette suite à Now You See Me est plus que jamais le reflet d’un rappel qui n’avait aucune raison d’exister, n’en déplaise aux terribles tentatives du premier volet de laisser des portes ouvertes et à l’ensemble général de prétendre être de notre époque.

Si un jour vous nous aviez dit que Louis Leterrier, celui-là même aux commandes de nul autre que les deux premiers The Transporter et Clash of the Titans, livrerait l’un des plaisirs coupables les plus rafraîchissants de son année, on ne vous aurait pas cru. Et pourtant, grâce à une variante sur des thèmes bien connus et une distribution de haut calibre qui s’amusait à folle allure, on trouvait dans cette histoire d’arnaques, de vols de banques et de magiciens quelque chose de foncièrement sympathique à avaler.

Comme de coutume, suite oblige, on refait la même chose en plus gros, mais, franchement, définitivement pas en mieux alors que des membres manquent autant devant que derrière la caméra et qu’on tortille jusqu’à l’exaspération un scénario d’une simplicité déconcertante qui paraît pourtant si inutilement compliquée.

Le premier film y allait d’un mode simple: regardez comme il faut puisque vous ne portez probablement pas attention aux détails les plus importants. Le truc par excellence des magiciens, soit, la diversion. Ici, c’est moins impressionnant puisqu’on nous dit tout simplement que tout est atrocement relié et que la distance n’est qu’une illusion, tentant de rejouer sur les jeux de perception, en vain.

Disons-le d’emblée, une histoire comme celle-là n’aurait jamais lieu dans notre monde. Ces genres de Robin des bois des temps modernes ne captiveraient pas autant l’univers, ils ne seraient définitivement pas perçus comme des rockstars et ils n’arriveraient certainement pas à défier autant de gens pour parvenir à leurs fins. À dire vrai, on se fout finalement de tout ce qu’ils font puisque personne n’y est vraiment relié malgré tout ce qu’ils essaient de nous faire croire (ils font cela pour le peuple, vraiment?).

Cela dit, au même titre que cette armada d’effets spéciaux faits à l’ordinateur, on est prêt à mettre toutes ces invraisemblances de côtés et à apprécier le tout, mais on a du mal à accepter qu’un film aussi ordinaire passe son temps à prétendre qu’il est aussi merveilleux.

Ainsi, n’en déplaise à la réalisation un brin plus fluide, légère et cabotine de Jon M. Chu qui prend les commandes après nous avoir envahis de pas moins de deux Step Up et de deux documentaires sur Justin Bieber, le voilà qu’il préfère lancer des paillettes au visage de ses spectateurs pour les aveugler et les étouffer. En effet, on passera plus de temps à expliquer l’ingéniosité des supposés tours qu’à en faire et on recyclera des revirements qui puiseront autant dans Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet (le faux kidnapping) que The Prestige de Christopher Nolan (ce satané frère jumeau!), pour ne nommer que ceux-là.

Sauf que l’expertise n’y est pas et le long-métrage s’avère bien plus décourageant et insupportable qu’il n’ose se l’avouer (parlez-en à cette interminable séquence de vol doublé d’un jeu de passe-passe avec une carte en CGI). Bien sûr, les acteurs de retour font du mieux qu’ils peuvent et si la nouvelle recrue Lizzy Caplan cabotine à souhait à un point de quasi-exhaustion, elle s’en sort définitivement mieux que Daniel Radcliffe qui ne retrouve aucunement l’univers de la magie avec succès.

Et si on coupe les coins ronds sur des personnages délaissés pour des conflits d’horaire ou autres comme Isla Fisher qui était enceinte au moment du tournage et qu’on résume bêtement par « elle en avait assez d’attendre donc elle est partie », on est beaucoup plus sceptique face au manque d’explications de l’oubli total du personnage de Mélanie Laurent qui semblait pointer vers une certaine histoire d’amour avec le personnage de Mark Ruffalo.

Puisque non, ce n’est pas en troquant une romance pour une histoire de vengeance personnelle face à la mort accidentelle du paternel qu’on oublie aussi facilement un morceau si important du premier scénario. Bien sûr, on a perdu les deux scénaristes principaux, mais ce n’est pas une excuse pour autant de paresse.

Now You See Me 2 est donc un divertissement, oui, mais loin d’être de ceux qui sont amusants. Il est fâchant même puisqu’on réalise qu’il y a encore des gens qui ont le culot de rassembler dans la même pièce autant Morgan Freeman, Michael Caine, Woody Harrelson et Jesse Eiseinberg sans pour autant être capable de démontrer une seule once de savoir-faire pour en justifier leur présence. Il est donc désolant d’avoir face à soi une œuvre aussi prétentieuse puisque sérieusement, elle n’a définitivement rien à se vanter, sauf d’avoir berné autant de spectateurs à croire que ça aurait peut-être un brin de potentiel. Reste à voir comment on conclura la trilogie (vous avez bien lu) puisque pour l’instant, le lapin est encore bien caché dans la doublure du chapeau.

4/10

Now You See Me 2 prend l’affiche en salles ce vendredi 10 juin.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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