Pôle Sud, un plongeon dans un quartier vivant

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Hugo Prévost

Quartier décimé, quartier pauvre, souvent uniquement ramené à ce qui fut jadis, Centre-Sud est un endroit pas comme les autres auquel la documentariste et cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette et l’acteur et comédien Émile Proulx-Cloutier donnent vie sur les planches de l’Espace libre.

Le choix du théâtre, installé rue Fullum, justement dans Centre-Sud, tenait de l’évidence. On qualifiera ainsi la pièce de « théâtre de quartier », sous le titre de Pôle Sud – Documentaires scéniques.

Le terme documentaire est ici effectivement fort approprié: plutôt que de monter un scénario de toute pièce, quitte à s’inspirer de faits vécus de gens du quartier, on a préféré donner directement la parole aux habitants sous la forme d’enregistrements sonores. Sur les planches, ces mêmes citoyens, qui jouent ici leur propre rôle, en toute simplicité, témoins d’une époque disparue, qui est ou qui sera.

Centre-Sud, quartier de la misère? Sans doute plus qu’Ahuntsic ou Outremont, certainement. Mais pas nécessairement davantage qu’Hochelaga-Maisonneuve, Verdun ou même le Plateau Mont-Royal des années 1950, en un sens. De fait, n’eût été de l’évocation de certaines rues et d’une courte présentation sur la démolition du Faubourg à M’lasse pour laisser la place à Radio-Canada (et ses gigantesques stationnements), et on pourrait s’imaginer dans n’importe quel quartier ouvrier où la vie est plus difficile.

La faune urbaine est elle aussi passablement bigarrée: une ancienne effeuilleuse, un sculpteur/orfèvre, un ancien biologiste criminel ayant travaillé partout au Québec, une aide-concierge de l’école du coin, un propriétaire de librairie, des jumelles adolescentes… Centre-Sud est un bouillonnement humain, un melting-pot sociétal où les pauvres et les travailleurs de jadis cèdent lentement la place aux jeunes plus fortunés, ceux qui achètent des condos neufs sur Maisonneuve ou Sainte-Catherine. Mais il y a encore des représentants de la « vieille garde ». Ce dépanneur minuscule encastré dans un bâtiment de l’après-guerre pas très loin du théâtre. Ces vieux commerces, ces gens au visage peut-être un peu plus usé qu’ailleurs qui arpentent les trottoirs. Ces hommes et ces femmes qui ont surmonté tant de difficultés pour survivre et pour vivre leur vie tranquillement, à l’ombre du pont Jacques-Cartier.

Pôle Sud est un superbe spectacle à visage immanquablement humain. On comprendra bien sûr que les témoignages ont été choisis pour marquer le public, à travers les nombreuses déclarations recueillies par les deux créateurs, mais on ne peut s’empêcher d’éprouver de la sympathie pour ces habitants de ce coin « un peu tout croche » où les habitants serrent les coudes pour traverser les périodes de misère. Une belle oeuvre qui fait découvrir un aspect de Montréal souvent passé sous silence; non pas la métropole des grands hommes, des demeures magnifiques et des grands boulevards, mais la ville des travailleurs, des gens qui triment dur, de la « Madame de la rue Panet ».

Pôle Sud – Documentaires scéniques, présenté à l’Espace libre. Création d’Émile Proux-Cloutier et d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Jusqu’au 21 mai.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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