Encore une fois, si vous permettez: tendre osmose entre mère et fils

0

Nathalie Lessard

Réunissez la comédienne chouchou des Québécois, le plus grand écrivain et dramaturge du Québec, un texte marquant, une brillante mise en scène et… vibrez! Quand Guylaine, Michel et Nana se rencontrent, tout ce qu’il reste à faire est de se laisser bercer par ce joyau pénétrant d’authenticité et de tendresse.

La pièce à saveur autobiographique se veut un hommage sensible de l’auteur Michel Tremblay à sa mère, sa première source d’inspiration, celle qui lui a donné les clés de l’imaginaire. Du rire aux larmes, impudique et le verbe haut, le dialogue entre Nana (époustouflante Guylaine Tremblay) et le fils/narrateur (touchant Henri Chassé) évoque les chicanes fougueuses et les réconciliations sincères, les fous rires et l’amour du théâtre, des livres, des mots et de la vie. À la création en 1998, la très regrettée Rita Lafontaine – habituée des textes de Tremblay – incarnait Nana. Cette fois, l’habituée des téléromans à succès et des (nombreux) prix du public donne son souffle à la Grosse femme des Chroniques du Plateau Mont-Royal. Parlant de souffle, le nôtre est complètement coupé devant la performance magistrale de l’actrice.

Tout l’espace – habilement créé par Michel Poirier – est envahi par les exubérances et les excès d’une Nana volubile et authentique. Son cynisme joyeux et sa verve intarissable submergent tout et font le délice du spectateur. Beaucoup de mots donc, mais peu d’artifices. Ici, on tient au minimaliste. Posés dans une cuisine au prélart à carreaux, le fils et sa mère nous livrent – en cinq tableaux émouvants et truffés d’expressions savoureuses – des aperçus de leur relation simple, mais loin d’être plate pour crever la bouche ouverte, comme dirait l’auteur. Au fil des âges qui marquent leur vie commune, rêves et désillusions se frôlent. Tout au long de la pièce, le spectateur assiste à une osmose, à un transfert de pouvoirs entre la mère et le fils. L’harmonie entre les deux comédiens est parfaite et ça sent la tendresse et la complicité à plein nez.

L’ultime monologue, qui prend cette fois figure de confession, nous montre une Nana malade, mais surtout inquiète de savoir son fils « pas casé ». « Qu’est-ce qui va t’arriver quand ch’rai pus là. Je t’ai trop laissé rêver, pis ça va être de ma faute si tu fais rien. » On aurait envie de lui dire: « Cesse tes jongleries, chère Nana, et pars sans regret dans ton beau paradis. Tout va très bien se passer. Ton Michel va se rêver une bien belle vie. »

À voir absolument au théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 14 mai.

Partagez

À propos du journaliste

Avatar

Répondre