Boris sans Béatrice, exorciser l’ego

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René-Maxime Parent

L’entrepreneur, cet autodidacte, ce surhomme au-dessus des autres constitue le héros du film Boris sans Béatrice (2016). Le cinéaste Denis Côté aurait-il troqué l’étrange pour le politique?

Dans le film Le règne de la beauté (2014), Denys Arcand nous laisse supposer qu’il y a un lien entre l’adultère du héros et le traumatisme dont est atteinte sa conjointe, comme si elle ressentait sa perte d’exclusivité envers le désir de son conjoint. Le couple passe par-dessus cet épisode sans régler le problème dans l’intimité de leur relation, de sorte que l’homme demeure infidèle.

Denis Côté semble avoir repris cet épisode pour en faire le récit de son film en entier. Boris doit exorciser son égocentrisme afin que Béatrice purge son trauma : le récit est simple. Par contre, le traitement est complexe.

Avec le film Curling (2010), Denis Côté a mis à l’écran le vide et son contenant : l’absence d’éducation de la fille, le manque d’affirmation du père, les deux habitant une région non identifiable, en plein hiver. Denis Côté nous plante encore une fois dans un endroit reculé non identifié laissant le fleuve Saint-Laurent au film de Denys Arcand pour ne garder que les montagnes recouvertes d’arbres bien verts.

Il joue avec le vide de Curling (2010) de la façon où il installe un rapport complémentaire entre les deux personnages comme si Béatrice s’était vidée afin de céder à Boris une partie d’elle. Lui, il devient surhomme, il a l’impression d’être seul à exister, seul dans une sorte de vide. Tout gravite autour de lui jusqu’au moment où un petit gourou portant un habit de sultan sème le doute dans son existence.

« Vous avez du temps Boris. Même les plus forts doivent savoir poser le genou à terre », lui répète-t-il comme un mantra.

Le génie de ce film se trouve dans la façon dont les éléments gravitent autour du héros ou comment il passe d’un univers à l’autre, d’une cosmogonie à l’autre. Tous les éléments se dédoublent. En tant que surhomme, Boris a une maîtresse française comme la langue qu’il parle et une maîtresse russe comme l’origine de son nom. En tant qu’égocentrique exorcisé, il reprend contact avec sa mère et sa fille.

Le cinéaste aurait-il glané l’effet irradiant lors de sa visite à Tchernobyl, rapportée dans la revue Nouveau Projet 05?

Cette structure nette fait défaut à l’ambiguïté constitutive de son style cinématographique. Du personnage qui va enterrer son père dans le Nord et qui décide de s’installer dans le village de travailleurs du film Les états nordiques (2005) à l’agent correctionnel qui veille à la réinsertion de deux ex-détenues du film Vic + Flo ont vu un ours (2013), Denis Côté à l’habitude de nous présenter des emboîtements étranges. Cette fois-ci, on ne fait pas qu’assister à une tranche de vie de personnages, le héros passe du point A au point B.

En référence à la mythologie grecque, le gourou nous explique que Boris cherche à obtenir du destin, plus, ce qui est condamnable par les dieux.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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