Théâtre – L’humain, cet animal biaisé

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René-Maxime Parent

La séparation entre l’humain et les animaux ne serait-elle pas une illusion de notre espèce? Avec l’aide des animaux en résidence et des comédiens Sophie Cadieux et Hubert Proulx, le duo Alexis Martin et Daniel Brière nous convie à un échange interespèces dans la pièce Animaux présentée du 3 mars au 20 mars à l’Espace libre.

Au deuxième siècle de notre ère, Oppien a composé deux traités, sur la pêche et sur la chasse, par lesquels il mettait en évidence que les rapports de force sont constamment faussés par l’intervention de la « métis » dans le monde animal comme dans le monde humain. Cette forme de ruse de la Grèce antique, illustrée jadis par le renard et le poulpe, serait-elle le canal par lequel on échange entre espèces dans cette pièce de théâtre?

« L’animal impose véritablement une autre présence », a affirmé Daniel Brière. « Qui est là? Le « là » fait tache », tel est le « verbe » par lequel on débute cette genèse incongrue. La tache c’est une façon de délimiter l’espace qu’occupe un être vivant. « La notion de temps n’est pas la même pour les animaux (…) le spectacle va bien au-delà de l’heure et quart de la représentation », poursuit-il.

Tout au long de la pièce, un narrateur en voix hors champ énonce une multitude de citations philosophiques et de faits scientifiques sur les animaux et les insectes accompagnés d’images projetées en arrière-plan. Notre raison est interpellée par ce dispositif audiovisuel autant que notre sensibilité se frôle avec celle des animaux jusqu’au point où notre attention doit abandonner l’un pour l’autre.

Le duo évite l’anthropomorphisme de la vulgarisation d’un documentaire sur la faune ou d’une liaison affective qu’on tisse avec son animal de compagnie. Il s’agit d’un rapport d’égal à égal. Alors, on ne remet pas en question l’intelligence des mammifères marins même si les dauphins sont incapables de jouer aux échecs et que les baleines ne savent pas composer les équations algébriques, par exemple.

On remet plutôt en question l’exode rural de même que le retour à la terre, ainsi que l’importance qu’on accorde au travail, une forme de domestication. L’image de la tache, de l’espace délimité, de l’existence, adopte le contour d’une succession de thèmes tragi-comiques : le snobisme, l’ennui et le processus.

Après nous avoir fait revisiter notre histoire avec la superbe trilogie L’Histoire révélée du Canada français 1608-1998, on a l’impression que le duo a renversé l’animisme indien à travers les mœurs du Québec moderne. Un chien, un chat, des poissons et les animaux de la basse-cour ont subi un traitement pastoral à comparer aux animaux sauvages des natifs.

Les adeptes de végétarisme et des romans La ferme des animaux, de George Orwel et Les Fourmis, de Bernard Werber seront probablement familiers avec cet univers.

Nous n’avons pas besoin de détecter les ondes gravitationnelles pour saisir la relativité générale; un museau humide, une paire d’ailes ou des nageoires suffisent à nous en faire prendre conscience.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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