Les événements: vouloir comprendre… jusqu’à l’obsession

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Nathalie Lessard

Pour amorcer l’année 2016, la Licorne propose Les événements, une pièce de l’Écossais David Greig, traduite par Maryse Warda et mise en scène par Denis Bernard. Histoire de dérapage, de violence et de (trop longue) quête de compréhension jusqu’à l’obsession.

Quand le spectateur s’installe dans la Grande Licorne, les neuf chanteurs/musiciens sont déjà sur scène. Avant même le début de la pièce, tout ce beau monde – issu de divers milieux culturels – chantonne, joue du piano et du violoncelle, rit ferme, s’amuse et répète dans la joie. Mais l’atmosphère de franche camaraderie sera vite gâchée dès les premières secondes de la pièce quand un homme troublé (joué magistralement par Emmanuel Schwartz) vient interrompre de manière fatale la répétition. Le désaxé commet l’irréparable et abat tous les membres de la chorale multiethnique sauf sa directrice, la prêtre anglicane Claire (interprétée par Johanna Nutter – touchante, mais dont l’accent agace parfois).

Après le drame, Claire veut comprendre les motivations de ce tueur qui a saccagé sa vie et fait absolument tout pour obtenir réponse à son pourquoi. Elle cherche la source de tout ce Mal pour l’éradiquer. Qui est cet homme? D’où vient-il? Que mange-t-il? Que lit-il? Qui fréquente-t-il? Mille questions qui la conduiront à la folie. Or, sa quête obsessionnelle traîne en longueur et finit par exaspérer son entourage qui ne veut plus parler des « événements », préférant oublier. Parce que c’est parfois ce qu’il y a de mieux à faire.

Si le texte manque d’originalité, la mise en scène de Denis Bernard est superbe. On donne à la chorale la possibilité d’exprimer son sublime talent en tant que puissant personnage de transition entre les échanges de Claire avec son psy, son amoureuse Catherine, le père du fou, un ancien camarade de classe du fanatique, un écrivain excentrique, un chef de parti raciste, entre autres. Et c’est Emmanuel Schwartz qui porte tout en nuances ces multiples chapeaux, de façon toujours aussi convaincante. Brillant! Le fait de le voir popperpartout et à tout moment – telles des pubs harcelantes sur une page Web – amplifie la charge émotive. Schwartz est partout, tout le temps. Très efficace! Le choix des chants qui parsèment l’histoire est aussi très intelligent. Chapeau au directeur musical, Yves Morin.

Que Claire veuille rencontrer le fou, le confronter, le faire souffrir, le purifier, le guérir, le libérer, lui pardonner voire le tuer, à quoi bon? Au final, le désaxé n’a voulu que laisser sa marque sur le monde, à l’instar de tous les tueurs de masses. À nous maintenant de nous poser la véritable question: au cœur des événements, qui de Claire ou du fou finit par se perdre?

La pièce est présentée au Théâtre La Licorne jusqu’au 20 février.

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