FIFA – Schadeberg, Black and White: la vie à travers une lentille

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L’homme est vieux. Très vieux, même; mais dans ses yeux brille encore la flamme du photojournaliste, celui qui a couvert un demi-siècle d’actualités, dont de nombreuses décennies de vie en Afrique du Sud. Le FIFA présentait ce soir un documentaire portant sur la carrière de Jürgen Schadeberg, l’un des témoins-clé de la vie sud-africaine sous et après l’apartheid. Zoom sur un historien par l’image.

Ses cheveux ont blanchi, sa santé est sans doute plus fragile, mais sa volonté reste de fer, l’oeil rivé sur le viseur de son appareil. Impassible, imperturbable, Schadeberg mitraille. Au cours de cette rétrospective de sa carrière comme photographe de presse, le spectateur explore les méandres de la société sud-africaine, des années 50 jusqu’à aujourd’hui. Le réalisateur, Peter Heller établit d’ailleurs un intéressant parallèle entre Nelson Mandela et Jürgen Schadeberg, à l’époque jeunes et fougueux et aujourd’hui expérimentés, tannés, ridés, mais témoins de la mémoire sud-africaine.

Si l’oeuvre fascine par ses paradoxes, on s’aperçoit bien vite que tout n’a pas changé dans la société sud-africaine; exemple frappant, les bidonvilles photographiés dans les années 50 par Schadeberg sont toujours là aujourd’hui, simplement un peu plus rouillés. Les occupants de ces taudis semblent n’avoir pas pris une ride: toujours ce peuple noir épris d’espoir, inflexible malgré la misère crasse dont il est affligé.

On établi par ailleurs un constat d’échec pour le photographe: si son but était de changer les choses dans les années 50 – en photographiant des Noirs pour le premier magazine sud-africain qui leur était réservé à l’époque, entre autres -, la séquence du film traitant de l’ouverture d’un hôtel quatre étoiles et d’un concessionnaire BMW dans l’un des bidonvilles démontre que le statu quo demeure, hélas.

Le film traîne quelques fois en longueur, et l’absence notable de trame sonore accentue un effet de dénuement pas tout à fait bien adapté au documentaire. Malgré tout, il s’agit ici d’un point de vue intéressant sur l’évolution d’une société, société observée par l’oeil vigilant, intemporel, du photographe.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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