Roadkill: entre la danse et l’épouvante

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Christine Plante

Avec son titre pour le moins évocateur, Roadkill nous transporte jusqu’en Australie, sur le bord de l’une des nombreuses autoroutes qui traversent ses terres désertes. Roadkill donc, une référence à ces petits animaux aux voies malchanceuses, mais aussi Roadkill comme dans les dizaines de légendes urbaines (ou plutôt rurales), histoires de touristes aux destin tragiques, disparitions mystérieuses et autres hagards égarés, qui façonnent le paysage folklorique de ce pays d’en bas.

Avec Roadkill, le collectif artistique Splintergroup propose une œuvre mariant la danse moderne, le thriller, le road movie et le théâtre, le tout sur fond de fait divers australien. Entrez dans l’univers cinglant d’un couple égaré, présenté jusqu’au 13 février à la 5e salle de la Place des Arts.

Le scénario original imaginé par le trio formé de Sarah Jayne Howard, Grayson Millwood, et Gavin Webber, débute en force. Un couple est isolé dans son automobile en panne. Il fait nuit. Personne à l’horizon. Une scène déserte à l’exception d’une cabine téléphonique éclairée aux néons intermittents. Au début, le couple est en parfaite maîtrise de ses émotions. On assiste même à une scène de sexe torride traitée avec un humour juste assez coquin, une danse sensuelle où même l’automobile fait partie des ébats! Une belle entrée en matière. Original, ludique, on aime. Mais tout bascule au moment où un inconnu frappe à la fenêtre.

Débute alors une série de tableaux dansés, évoquant tour à tour la peur, la paranoïa, l’isolement, la confusion. Des gestes saccadés, des chorégraphies en duos où chacun prend appui sur l’autre avant de se jeter par terre avec une précision irréprochable. L’univers sonore contribue grandement à l’efficacité relative de l’œuvre. Distorsions, fausses notes, bande sonore typique du film d’épouvante. On apprécie particulièrement la scène où l’un des trois protagonistes jongle avec le téléphone public, telle une ode à l’apesanteur et à la confusion du voyageur égaré.

Malheureusement, la confusion imprègne aussi, lentement, le spectateur. D’un univers narratif, on se voit tout à coup propulsé dans le métaphorique décousu, on ne sait plus trop où l’on s’en va… Après recherches et réflexions, ce désarroi semble voulu des créateurs, comme si on cherchait à marier les perceptions des protagonistes avec celles de l’assistance : «On a un point de départ, puis après, tout part dans différentes directions».

Quoi qu’il en soit, Roadkill a la vertu de créer des ponts inusités entre différents médiums, styles, disciplines. La pièce est saluée à travers le monde depuis sa création en 2007.

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Pieuvre.ca

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