Semianyki, tordu et hilarant

0

Un poulet en caoutchouc tombe du ciel. Un gamin tente de scier la jambe de son père. Deux enfants s’amusent à s’arracher mutuellement leurs vêtements. Tout ça sous les rires et les applaudissements du public, qui en redemande. Décidément, Semianyki est totalement déjanté, et on ne pouvait demander mieux.

Ce que réussissent à faire les artisans de la troupe du théâtre russe Licedei, c’est transposer la vie de famille et toutes les incongruités, les conflits et les moments de tendresse qui s’y rattachent en un spectacle humoristique parfaitement adapté autant aux enfants qu’aux adultes. Et comment réussir un pareil tout de force? Un usage presque parfait de la pantomime, tout d’abord, puisque les comédiens ne parlent pas. Cela n’empêche pas chaque membre de cette famille dysfonctionnelle d’être merveilleusement bien campé; on y retrouve la mère hyperprotectrice, le père autoritaire, le petit futé, l’intello effacée, la jeune fille modèle et le bébé hyperactif, preuve que le modèle familial n’est pas unique au Québec. À cela s’ajoute une judicieuse utilisation de la musique et des bruitages. Après tout, Semianyki n’est pas un spectacle de mime, tant s’en faut. Les effets sonores ajoutent d’ailleurs à l’aspect comique du spectacle, et le synchronisme est excellent. Les jeux de lumières sont également fort appréciés. Qui aurait pu croire que des numéros de clowns se transformeraient en spectacle son et lumières? On est bien loin de la tarte à la crème lancée au visage! L’un des aspects les plus intéressants de la représentation est sans aucun doute l’interaction avec le public. Du début à la fin, les membres de la troupe Licedei ne jouent pas sur une scène, mais dans une scène. Les spectateurs sont inclus dans l’action du début à la fin, même si ceux qui ont obtenu des billets au parterre regrettent peut-être un peu leur décision: ils feront quelques fois les frais des clowns, pour le plus grand plaisir des autres spectateurs. Cette interactivité avec le public – ou, plus prosaïquement, ce fait d’abattre le quatrième mur – donne l’impression que tous font partie de cette famille délurée. Parlons-en, d’ailleurs, de ce côté déluré. Tentatives de meurtre, poursuites avec des haches, apparition d’un technicien de scène sorti de nulle part, visions cauchemardesques, farces et attrapes en tous genres, Semianyki séduit par l’absurde, le loufoque et le bizarre. Et ça marche! Une situation ordinaire ou même dramatique est immédiatement transformée en un moment hilarant en ajoutant simplement un accessoire, un personnage, un mouvement bizarre, ou un effet sonore inattendu. En fin de compte, Semianyki est un spectacle pour tous les âges; chacun y trouvera quelque chose de drôle, de surprenant, de renversant. À voir à la TOHU!

Partagez

À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

Répondre