Les corps avalés de Virginie Brunelle

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La compagnie Virginie Brunelle fête ses dix ans cette année. Dix années de création, c’est relativement peu pour une troupe de danse contemporaine. Mais Virginie Brunelle, la chorégraphe originaire de Montérégie, possède déjà tout le talent et l’expérience pour figurer parmi les plus grands créateurs du moment. Elle le prouve dans le spectacle Les corps avalés coproduit par Danse Danse, qui associe sept magnifiques danseurs à une musique envoûtante interprétée sur scène par l’excellent Quatuor Molinari.

Au son répétitif du grave violoncelle, sept danseurs pieds nus, mais en tenues de ville, semblent représenter l’humanité à laquelle appartiennent les spectateurs. Le ton est donné dès la première séquence du ballet, magnifique moment rappelé avec bonheur à la toute fin.

On observe les danseurs exprimer les difficultés, les craintes, voire les douleurs de la vie actuelle. De manière très poétique, dans des moments qui juxtaposent la douceur ou la révolte, la lutte ou l’imploration, le rejet ou l’amour, ces sept corps, à la fois puissants et vulnérables, se battent contre un ennemi invisible ou se rapprochent deux à deux, en laissant toujours un en marge.

Les élégants costumes sont légers et souples, choisis dans une harmonie de couleurs qui va du crème au pourpre. De très beaux éclairages mettent les corps en valeur avec en fond de scène le Quatuor, qui fait vibrer les cordes de ses instruments classiques mais à travers des œuvres modernes ou contemporaine.

Les danses coordonnées ou les duos et la succession des séquences raconte clairement une histoire, mais laquelle? À chacun des spectateurs d’interpréter et d’élaborer son propre scénario dans lequel il ne manquera pas de ressentir à la fois le tragique de la vie et la possibilité de répit offerte par les rares moments de rapprochement et d’amour.

Virginie Brunelle a une approche très sensuelle de la danse et de la matière. Des tapis de pelouse se transforment en un lieu de sculpture ou peut-être de guerre, des espaces ensemencés rappellent notre rapport à la terre.

Les performances des danseurs sont impressionnantes, en particulier lorsqu’ils s’élèvent dans les airs et semblent retomber magiquement au ralenti. Tout dans la chorégraphie évoque à la fois la force et la fragilité des humains que nous sommes, leurs tourments et leurs doutes, leurs égarements et leur tentative désespérée et sans doute vaine de s’apaiser dans l’amour.

Les corps avalés, du 26 au 29 février 2020, au Théâtre Maisonneuve.


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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