Le frère de Göring: le poids du nom

1

Il n’est pas évident de porter le même nom qu’une personnalité connue, surtout si la personne en question est connue pour les mauvaises raisons, et c’est la prémisse qu’explore la bande dessinée historique Le frère de Göring.

Au lendemain de la capitulation du Troisième Reich, le 9 mai 1945, un dénommé Albert Göring se présente au Centre de commandement allié de Salzburg en Autriche afin de se constituer prisonnier. Bien qu’il n’ait jamais sanctionné les actes de son infâme frère, le Reichsmarschall Hermann Göring, et qu’il ait publiquement dénoncé la violence du régime d’Hitler à maintes reprises, l’homme se rend aux Alliés pour éviter d’être harcelé en raison de son nom de famille, mais comme il n’est pas le premier à enjoliver la réalité pour se disculper des atrocités commises par les nazis, il sera soumis à un interrogatoire des plus serrés afin de découvrir s’il dit vrai lorsqu’il prétend avoir utilisé son célèbre patronyme pour aider quelques 34 juifs à fuir l’Allemagne, ou s’il se donne le beau rôle.

La couverture de l’album

Tout en prenant quelques libertés vis-à-vis l’interprétation de certains faits, Le frère de Göring s’inspire d’une histoire véridique. Le scénariste Arnaud Le Gouëfflec utilise la formule classique de l’interrogatoire pour revisiter les différentes périodes de la vie d’Albert Göring, de son éducation par un parrain juif dont il aurait été l’enfant illégitime en passant par son travail dans le milieu du cinéma, la montée du nazisme, son exil à Vienne, et bien sûr, les deux Guerres mondiales. Albert a toujours vécu dans l’ombre de son frère, et la bande dessinée consacre autant de temps à retracer le parcours d’Hermann en parallèle, montrant sa transformation d’homme qui se prenait pour un chevalier à l’un des pires monstres du vingtième siècle.

Une page de l’album

Dans un style sérieux et réaliste, Steven Lejeune reproduit méticuleusement les villes allemandes détruites par les bombardements au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les tavernes bavaroises d’antan, ou les vieux châteaux gothiques d’Europe, sans oublier les batailles aériennes de Fokker embrasant le ciel. L’artiste se permet une petite touche de fantaisie en dessinant des héros des légendes teutoniques peuplant la forêt, et il pose régulièrement ses cases sur une illustration pleine page, ce qui dynamise l’ensemble. Ajoutant au côté rétro, le coloriste Roberto Burgazzoli Cabrera n’utilise principalement que des teintes terreuses (kaki, gris, brun, beige), ce qui convient parfaitement à une histoire aux accents militaires se déroulant au siècle dernier.

Bien que ce premier tome ne permette pas de savoir si Albert Göring est bel et bien l’homme qu’il prétend être, Le frère de Göring devrait plaire aux férus d’Histoire, avec son intrigue à mi-chemin entre le drame de guerre et l’intrigue policière.

Le frère de Göring – Tome 1 – L’ogre et le chevalier, de Arnaud Le Gouëfflec et Steven Lejeune. Publié aux Éditions Glénat, 48 pages.


Autres contenus:

Roucou, quand Alberto Montt se dévoile

Partagez

À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

Un commentaire

  1. Pingback: Critique Le frère de Göring - Patrick Robert

Répondre