Outlaw King: grossièrement insuffisant

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À l’image de ses guerriers qui ont à la fois tout et rien à perdre, Netflix se lance tête première dans cette épopée clairement pensée pour le grand écran, prêt à la restreindre dans les limites de sa plate-forme. Pas de quoi trop s’en faire, puisque cette proposition ambitieuse n’est rien d’autre qu’un impressionnant désastre.

David Mackenzie est certainement un cinéaste imprévisible qui aime surprendre et changer considérablement ses registres. S’il a toujours démontré un penchant surprenant pour la romance (et la violence en parallèle), il réalise à nouveau l’un de ses scénarios après plus d’une décennie à s’approprier ceux des autres.

On retrouve ses thèmes fétiches dans cette reconstitution – qu’on espère fidèle – des aventures de Robert The Bruce sur les déboires de l’Écosse au 14e siècle. Reconstitution d’époque, soin des détails des costumes et des accessoires, flatterie des régions avec tournage sur les lieux, en plus d’utiliser les gens du coin; voilà une production respectueuse et dévouée.

On comprend également l’intérêt de Netflix d’avoir voulu tâter le terrain des grandes épopées. Alors que History Channel n’en finit plus de renouveler sa popularité avec Vikings, et que HBO craint plus que tout de mettre un terme à sa vache à lait qu’est Game of Thrones, c’était certainement moins dispendieux de s’approprier quelque chose de court et de déjà finalisé comme on sait que les coûts de ce genre de production peuvent très rapidement s’élever.

C’est d’ailleurs probablement ce manque de latitude, notamment, qui empêche la production de pleinement se développer à son plein potentiel. Comme le budget ne semble pas aussi significatif que certaines mégaproductions hollywoodiennes, l’ensemble a vite des airs de mauvais téléfilms, alors qu’en même temps, on sent clairement la possibilité de mieux développer le tout sur une plus grande durée, d’en faire soit une minisérie, ou une véritable télésérie.

Après tout, il semblerait que suivant son passage à Toronto, Mackenzie aurait apparemment retranché plus de vingt minutes à son film, ce qui expliquerait le montage approximatif qui empêche une certaine fluidité. Sauf qu’il y a un autre problème qui s’impose; autant on sent la possibilité de mieux développer le tout sur une durée plus respectueuse, autant on ne ressent aucune envie de passer une minute de plus avec ce projet, tellement il est d’un ennui abasourdissant.

Malgré un plan séquence plus ou moins habile en guise d’ouverture, on nous assomme avec d’affreux plans de drones qui se multiplient à n’en plus finir, on tente une approche moderne sans trop savoir comment s’y prendre (notamment dans le semi développement de Elizabeth Burgh et ses ambitions d’égalité), et on trouve des revirements peu surprenants et des moments carrément risibles, comme ces scènes de nudité forcée où l’on nous exhibe un Chris Pine entièrement épilé en plein 1800, alors qu’on a pris la peine d’exagérer au possible sa pilosité faciale.

C’est d’autant plus décevant de voir ce projet suivre directement le splendide Hell or High Water, qui devait permettre à Mackenzie, Pine et Ben Foster de renouer ensemble dans un projet de grande envergure, alors qu’on a dû troquer l’inimitable Foster pour le toujours très peu convaincant Aaron Taylor-Johnson.

Pourtant Outlaw King ou Outlaw / King, comme il est écrit dans le film lui-même, ne manque a priori de rien. Il y a de la violence crue et dure, des dilemmes, de la romance un peu plaquée, de l’humour toujours inattendu, des séquences ambitieuses qui devraient être impressionnantes, des sacrifices, des drames, des combats, des alliances et des trahisons, et on en passe. Il y a tous les éléments qui devraient faire de ce film historique une production respectable, surtout qu’elle s’intéresse à une période historique charnière et souvent peu racontée qui mérite certainement qu’on s’y attarde. Cependant, rien ou presque ne fonctionne, et on regrette rapidement d’avoir osé lui donner ne serait-ce qu’une petite chance. Dommage.

4/10

Outlaw King est disponible sur Netflix dès ce vendredi 9 novembre.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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