La Mauvaise Réputation: la belle, la brute et le truand

0

L’ambiance était particulièrement festive à l’écomusée du fier monde vendredi dernier alors que La Mauvaise Réputation lançait officiellement sa boîte de production. Les vestons, cravates et robes n’étaient pas obligatoires, mais fortement conseillés. C’est donc sur mon 36 que je me suis rendue à cette soirée apéro sans alcool aux allures jazz.

Après quelques mois d’existence, La Mauvaise Réputation conviait les amateurs de cinéma, amis et famille à célébrer officiellement le partenariat artistique de Marylou Belugou, Étienne Houle et Raphaël Rekab par la projection de quatre courts-métrages.

La première heure, les invités étaient libres de circuler dans l’écomusée du fier monde et de regarder l’exposition permanente, avec la musique du groupe Accent Jazz en arrière-plan. Nous pouvions également jouer les mannequins au photobooth à l’entrée, géré par Stéphane C.Aubut, engagé spécialement pour l’occasion. Celui-ci, nous le découvrirons plus tard, reproduisait le décor d’une scène de Stress Relief et rassemblait des objets apparaissant de manière répétitive dans chacun des films présentés. Un clin d’œil habile. À défaut d’offrir cocktails et martinis, faute de permis d’alcool, nous avions droit à de la liqueur et du pop-corn. Une belle manière pour la jeune compagnie de rire d’un désagrément.

Plus de 300 personnes étaient rassemblées dans la salle, la grande majorité debout par manque de chaises. Avant le premier visionnement, le chanteur Ariel Le Mercier a interprété Café Cancer, dont le vidéoclip a d’ailleurs été réalisé par La Mauvaise Réputation. Ce dernier animait également la soirée, accompagné de Shelby Jean-Baptiste. Ceux-ci, quoiqu’attachants, ne semblaient pas avoir eu beaucoup de temps de préparation et l’animation avait l’aspect d’une improvisation dirigée. La foule, étant cependant de bonne volonté, participait activement et applaudissait avec ferveur.

Le programme allait comme suit: Le Chat, une comédie noire déconcertante aux accents psychanalytiques assumés. Le Banquet, un huis clos bien français où un jeune homme reçoit la visite d’Aphrodite. À ne rien faire, une comédie impitoyablement dramatique où un homme rêve d’avoir le courage de se suicider. Stress relief, une quête insensée de 19 minutes 47 secondes où l’on aborde les limites de la beauté. En intermission, White Magic, une publicité satirique de cocaïne, et The Bad Mamajuanas, un vidéoclip des héros perdus du VHS, un hommage coloré aux années 1980.

Le tout révélait un portait narcissique de notre génération. Celle qui se regarde toujours le nombril en se disant malheureuse, mais qui n’a jamais eu la vie plus facile. Les quatre courts-métrages exposaient bien la brûlante et éternelle question; faut-il penser à soi ou à l’autre? Avons-nous tout pour être heureux? Pouvons-nous seulement l’être? Est-ce que l’amour d’un animal ou d’une femme trop belle peut nous rendre fous? Ce sont les questions que se pose La Mauvaise Réputation.

Les intermissions servaient de tampon aux invités, leur permettant de se détendre un peu entre les plats de résistance. Le visionnement était entrecoupé des remerciements des artistes, donnant à la soirée un air de gala, autant par son côté glamour que par sa longueur. Une projection en un temps de tous les courts-métrages suivi d’une période de remerciements généraux aurait été bénéfique au déroulement du lancement. Qui plus est, l’acoustique de la salle, une ancienne piscine convertie en musée, ne rendait absolument pas justice aux films présentés. Les auditeurs perdaient ainsi plus de la moitié des dialogues échangés, le son résonnant en écho dans la salle.

D’ordre général, l’événement était un succès. Salle comble, invités jeunes et branchés, courts-métrages troublants, noirs et ancrés dans notre époque. Les membres fondateurs auraient certes eu avantage à roder la soirée en amont et donner plus d’attention aux détails. Une organisation maladroite qu’on peut pardonner à cette jeune production aux talents prometteurs. Restez à l’affût de La Mauvaise Réputation, nous en entendrons certainement parler.

Partagez

À propos du journaliste

Emmanuelle Ceretti-Lafrance

Les mots favoris d'Emmanuelle Ceretti-Lafrance sont cucurbitacée, grivois, calembour et baliverne. Elle sait qu'elle a le plus long nom de la Terre. Elle est née à Montréal et dorlote sa belle métropole avec tendresse. Elle aime insérer de manière totalement décontractée des citations du Seigneur des anneaux et d'Harry Potter dans les conversations quotidiennes. Journaliste pour Pieuvre, elle affectionne particulièrement le théâtre, la littérature et la musique