L’histoire semble condamnée à se répéter: que ce soit au début de la Première Guerre mondiale, où l’on promettait le retour des soldats pour Noël, ou encore, plus récemment, en Iran, où Donald Trump affirme depuis les débuts que la guerre « est déjà gagnée », les dirigeants politiques et leaders militaires semblent oublier qu’un conflit militaire risque toujours de dégénérer.
C’est du moins le constat effectué par des chercheurs de l’Université du Colorado à Boulder, qui se sont intéressés à la possibilité, toujours présente, qu’un conflit militaire prenne une ampleur insoupçonnée… et pourquoi il est difficile de prédire un éventuel effet d’entraînement.
« De par sa nature, une guerre est imprévisible dès qu’elle éclate », soutient ainsi Aaron Clauset, professeur en sciences de l’informatique et principal auteur de cette étude.
« L’histoire des guerres et de leur escalade indique que tout leader affirmant qu’un conflit sera de courte durée ment probablement au public… et à lui-même. »
Les travaux en question, publiés dans Science Advances, visaient à détecter des tendances dans la progression des guerres civiles et entre États survenues principalement entre 1946 et 2008.
Pour évaluer l’escalade d’un conflit, les chercheurs se sont tournés vers le nombre de soldats tués.
On a ainsi constaté que si les guerres civiles de grande envergure avaient tendance à se calmer, après un moment, les conflits entre nations, eux, « démontrent un risque constant d’escalade ». Et cette escalade serait « particulièrement répandue », mentionne-t-on par voie de communiqué.
« Les données démontrent qu’il n’existe pas de tendance systématique pour que les guerres prennent de l’ampleur, ou perdent en intensité », a encore déclaré le Pr Clauset.
« Chaque année de conflit supplémentaire correspond, en gros, à 10% de chances que l’intensité de la guerre double, et environ 1% de chances que cette intensité soit multipliée par 10. »

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Circonstances particulières
Toujours selon le chercheur, ce n’est pas non plus parce qu’une guerre dure longtemps qu’elle prendra nécessairement de l’ampleur. Et celles qui débutent avec un bilan humain plus lourd ne vont pas, non plus, se transformer obligatoirement en conflits de plus grande envergure.
En fait, pour trouver la cause de l’escalade d’un conflit, il faut plutôt s’intéresser à certaines dynamiques, souligne le Pr Clauset.
Ainsi, plusieurs événements inattendus peuvent survenir durant une guerre, notamment l’entrée en scène d’un nouvel allié, ou encore l’embrasement d’une nouvelle région. Et sur le plan diplomatique, des négociations en vue de conclure un cessez-le-feu ou un accord de paix peuvent s’enliser, voire s’interrompre, poussant habituellement les belligérants à reprendre les hostilités.
« Lorsque les engagements deviennent difficiles à tenir, de part et d’autre d’un conflit, les guerres ont tendance à s’éterniser, et c’est de cette façon que l’escalade peut décupler l’intensité, ce qui a tendance à fragiliser encore plus les précédents engagements », indique Aaron Clauset.
En fait, selon l’étude, la guerre est carrément décrite comme étant « un processus fragile où la violence peut se développer et s’auto-alimenter ».
Les chercheurs n’ont cependant pas de conseils pour les dirigeants qui chercheraient à prédire le déroulement de futures guerres. Pourtant, plaide le Pr Clauset, les travaux sont utiles pour les généraux, mais aussi les politiciens: « L’idée que la guerre est incertaine remonte à loin. Nos travaux démontrent que les risques d’escalade viennent amplifier cette incertitude, ce qui rend extrêmement difficile le fait de prévoir l’ampleur que pourrait prendre un conflit. »





