Le cinéaste et documentariste Jérémie Battaglia, qui connaît la grâce et les dangers, tout en poursuivant un désir de s’immiscer dans des milieux inusités, avait aussi envie de s’intéresser à la jeunesse. En brassant les cartes, il offre un très beau documentaire avec Une jeunesse française, qui couvre peut-être un peu trop large pour son propre bien, à défaut de ne jamais cesser de fasciner.
Bien qu’il a été créé après le film qui nous occupe, c’est le documentaire Adonis, pour Télé-Québec, qui a fait connaître Battaglia à plus grande échelle.
Moins poussé sur l’éducation, plus libre – un peu trop, peut-être – plus cinématographique également, avec Une jeunesse française, voilà que le cinéaste propose quelque chose de fort accompli, un peu dans la lignée de son précédent Parfaites, qui plongeait dans la nage synchronisée au féminin. Certes, pour son long-métrage le plus long jusqu’à présent dans sa carrière, peut-être qu’il se perd en cours de route, mais sa manière de filmer un réel méconnu ne manque pas d’impressionner.
Ici, comme il le racontait dans la séance de questions et réponses suivant la projection aux Rendez-vous Québec Cinéma, il avait envie d’offrir un portrait différent et lumineux des jeunes d’origine arabe, qu’on dépeint trop souvent selon lui comme une menace ou négativement.
Pari réussi, puisqu’avec deux protagonistes sentis, Jawad et Belka, ils trouvent deux porte-paroles très éloquents pour se mettre à nu devant sa caméra. Battaglia lance également à la blague qu’il a peut-être créé un monstre, puisque l’un d’entre eux a vite pris très au sérieux son rôle et n’a pas hésité avant de se donner davantage en spectacle, ou de profiter pleinement de l’espace que les projections publiques du film lui ont offert.
C’est que les deux interprètes s’adonnent à une tradition peu connue dans le sud de la France: les courses camarguaises, où des jeunes s’élancent dans une arène pour affronter un ou plusieurs taureaux. Et on vous le dit tout de suite, on est loin du cliché des toréadors.
De fait, si on oublie peut-être un petit abus de ralentis, le souffle nous coupe et nos yeux s’agrandissent chaque fois que le film s’intéresse à ces moments dans l’arène. Il y a une beauté et une élégance dans les mouvements et les gestes, Battaglia est responsable aussi de ses images, lui conférant une plus grande liberté de tournage, et un risque toujours plus terrifiant alors que leurs vies sont constamment mises en danger.
Le réalisateur n’avait pas envie de tomber dans le documentaire folklorique et il n’offre d’ailleurs que peu de contexte à propos du sport, sa signification et ses origines, se concentrant sur l’art pour le démontrer, et sur l’humain quand il veut creuser.
Avec une proximité qui puise aussi du côté des proches des interprètes, comme une copine également infirmière ou une mère qui essaie d’accepter les choix de son fils et de ne pas trop s’inquiéter, on s’attache aisément à ces jeunes et on comprend facilement cette passion qui les gruge. Ce niveau d’adrénaline s’est vu souvent et on sait très bien qu’un risque de mort est bien faible en comparaison d’une vocation.

Certes, post-tournage, Battaglia s’interroge beaucoup sur la mince ligne sur laquelle il a marché tout le long, à savoir si ce voyeurisme posait un risque éthique. Mettait-il davantage leurs vies en danger en leur ajoutant une pression de par les caméras? Jusqu’à quel point peut-il se permettre de filmer leurs déboires, quand l’un deux pourrait littéralement mourir sous ses yeux à tout moment?
Ce genre de questionnement n’est toutefois pas trop présent dans le film, qui se contente de montrer sans juger. On apprécie ainsi qu’à l’inverse d’Adonis, le cinéaste ne se mette pas en scène et n’utilise pas une narration pour guider le spectateur. En laissant ses sujets parler, il cultive à la fois leur vision, mais aussi leur mystère.
Oui, cela crée une petite confusion en avançant, alors qu’il semble nous manquer un peu de contexte ici et là pour bien s’ancrer dans ses différentes thématiques et face à certaines redondances. Sauf que l’objet est une oeuvre qui s’écoute quand même avec beaucoup d’attention.
7/10
Une jeunesse française a déjà terminé son parcours en salles au Québec, mais si tout va bien, il devrait atterrir sur des plateformes dans un futur proche.





