De l’âme, du cœur et de la fougue

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Mardi dernier, à la Salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau, l’Orchestre classique de Montréal avait enfin le plaisir de retrouver les mélomanes. Sous le titre « Les grands Slaves », la direction de l’OCM avait concocté un programme ukrainien, bulgare et russe. La première œuvre était dirigée par Xavier Brossard-Ménard. Le quatuor à corde se suffisait à lui-même, bien sûr, et le reste du programme était l’apanage du très sympathique maestro Boris Brott.

Petite déception en commençant, l’ouverture de l’opéra Taras Bulba, de Mykola Lysenko, était présentée dans une version pour orchestre à cordes. Non pas que l’arrangement de François Vallières, alto de l’OCM depuis une vingtaine d’années, ne fut intéressant, mais il est difficile de rendre toute la richesse de cette ouverture sans la présence des cuivres. Cela n’empêche pas que l’interprétation était bien sentie, mais tout en finesse.

Toujours de Lysenko, le premier mouvement du Quatuor en ré mineur était interprété par quatre musiciens de l’orchestre. Et là, tout de suite, nous vient à l’esprit la notion de l’âme russe. Je sais, l’Ukraine n’est pas russe. Mais vous me comprenez. Nous avions là, non seulement l’expression d’une âme slave romantique et tourmentée, mais mieux encore : nous touchions au cœur du monde slave. Encore une preuve que le quatuor à cordes peut parfois en jeter autant qu’un orchestre au grand complet.

Entre ensuite en scène le directeur artistique et chef de l’OCM, M. Boris Brott. Toujours aussi heureux de s’adresser à son public, M. Brott est apparu moins souple que par le passé. Mais cela n’a pas affecté son jeu, si je puis dire. Il a présenté avec un plaisir évident la très célèbre Valse no. 2 pour orchestre de variété de Dmitri Chostakovitch. Je crois que ça chantonnait dans la salle.

C’est à un changement complet de registre que nous sommes ensuite conviés avec Anciennes légendes de Vania Angelova. Dirigée avec beaucoup de concentration cette œuvre suffit à nous donner envier de découvrir l’œuvre de cette Canado-Bulgare. Le troisième mouvement, en particulier, pique la curiosité et suscite l’admiration, autant pour la compositrice que pour les interprètes. Un passage de cordes frappées a tout de même donné un peu de fil à retordre aux seconds violons.

Enfin, magnifique plat de résistance, le Concerto pour violoncelle no. 1 de Chostakovitch a permis de confirmer que le violoncelliste Stéphane Tétreault se trouve dans une catégorie à part au pays des virtuoses. Dans d’autres interprétations, le premier mouvement du concerto paraît souvent aride et bêtement moderne. Avec Tétreault, il devient lumineux, profond, chaleureux, presque romantique.

Nous n’étions pas nombreux dans la salle ce soir-là, pandémie oblige, mais nous étions bien chanceux !

Au programme:

Ouverture de l’opéra Taras Bulba                                        M. Lysenko (arr. F. Vallières)

Quatuor en ré mineur (1er mvmt)                                       M. Lysenko

Valse no. 2 de la Suite pour orchestre de variété             D. Chostakovitch (arr. N. Arman)

Anciennes légendes                                                                V. Angelova

Concerto pour violoncelle no.1                                            D. Chostakovitch

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À propos du journaliste

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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