Quand Amazon contribue aux Reptiliens

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Si vous vous intéressez au fait que les Reptiliens ont créé la COVID-19, pas d’inquiétude: Amazon est là pour vous aider à trouver les livres qu’il vous faut.

Parmi les grandes plateformes, Amazon est celle qui fait le moins d’efforts, et de loin, « pour s’attaquer à la désinformation et aux théories du complot autour de la COVID » selon l’auteur d’une recherche dévoilée cette semaine par le magazine BuzzFeed.

Depuis près d’un an, FacebookGoogle, Pinterest et Twitter ont placé des avertissements ou des liens conduisant vers des pages crédibles, lorsque quiconque fait une recherche sur la pandémie ou le coronavirus. Rien de comparable chez Amazon, reproche Marc Tuters, de l’Université d’Amsterdam: des livres consacrés à des théories du complot continuent d’apparaître dans la première page des résultats de recherches avec des termes de base comme « COVID » ou « vaccin ». Tuters et ses collègues rapportent qu’Amazon leur a même « recommandé » des livres complotistes quand ils parcouraient des livres plus sérieux sur le virus.

Une vedette: The Answer, « best seller » d’un certain David Icke, pour qui la Terre est gouvernée par des Reptiliens qui ont pris visage humain. Amazon recommande aussi un livre qui allègue que la pandémie s’inscrit dans un complot révélé par des codes numériques. Et un autre qui, résume BuzzFeed, prétend que la COVID est née « des esprits d’hommes méchants qui souhaitent dépeupler notre planète Terre et poursuivre un contrôle illimité ». Et encore un autre qui, écrit par une naturopathe, fait de la COVID un « canular » créé par « un réseau d’ennemis du peuple », ennemis qui incluent les professionnels de la santé.

« Pour les créateurs et les consommateurs de complots, Amazon est un guichet unique », poursuit Tuters, qui co-dirige une équipe de chercheurs britanniques et néerlandais, en association avec un projet européen de lutte contre « l’infodémie » — l’épidémie de fausses nouvelles. Ils ont identifié une vingtaine de livres de « complots-COVID », en excluant certains qu’ils ont catégorisés « COVID-sceptique » —livres qui expriment par exemple des doutes sur l’origine ou la nature du virus.

Des algorithmes qui aident à la désinformation

Plus tôt cette année, une petite analyse des algorithmes de recommandation d’Amazon était arrivée à des conclusions similaires: par exemple, une recherche reliée à la vaccination, sans se créer un compte sur Amazon, ferait ressortir 10% de contenus de désinformation, écrivaient deux chercheurs de l’Université de Washington. L’effet « bulle » est amplifié dès le moment où l’usager se crée un compte.

Amazon se défend en rappelant que, depuis février 2020, elle place un bandeau avec un hyperlien approprié lorsque des gens font une recherche associée à la pandémie. Mais il s’avère que cet ajout n’est pas répandu sur les sites autres que celui des États-Unis.

Pour Claire Wardle, directrice de First Draft, organisme à but non lucratif spécialisé dans la recherche sur la désinformation, bannir ces livres ne serait pas une solution appropriée. Mais Amazon devrait, selon elle et selon Marc Tuters, suivre l’exemple des autres plateformes et prendre les mesures qui s’imposent pour faire « remonter » dans l’algorithme les sources plus crédibles.

La recherche, conclut le journaliste Craig Silverman — un des pionniers, il y a plus de cinq ans, des reportages sur les « fausses nouvelles » — a aussi révélé « un pipeline de YouTube vers les livres complotistes, où les gens mentionnent à plusieurs reprises les avoir achetés après avoir appris leur existence sur YouTube ».

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Agence Science-Presse

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