My Salinger Year, l’oeuvre intemporelle

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Bien au chaud, sous la riche lumière des plateaux dirigés par Philippe Falardeau, le film My Salinger Year attendait son heure de gloire, après le passage à la Berlinale, l’an dernier. La réouverture des cinémas permettra finalement au grand public de passer un bon moment, masque sur le visage, oui, mais un bon moment malgré tout.

En 1995, Joanna Rakoff débarque à New York; d’abord pour quelques jours, puis elle s’éprend de la Grosse Pomme et souhaite s’y installer pour accomplir son rêve littéraire, c’est-à-dire écrire son roman. Comme bien d’autres, elle est séduite par l’animation de la ville, ses secrets, son ambiance. Et pour accroître ses chances de trouver l’inspiration par auteur(e) interposé(e), elle décroche un emploi chez Westberg, la plus vieille agence littéraire de New York, qui gère notamment J.D. Salinger, célèbre auteur d’A Catcher in the Rye.

Présentée, en quelque sorte, comme un canevas vierge, Joanna sera forgée en fonction des impressions laissées par ce qui l’entoure. Ses amis, d’abord, ainsi que son copain, rencontré par hasard dans une librairie qui ne paie pas de mine, et avec qui elle va emménager dans un appartement sans évier dans la cuisine, s’il vous plaît, mais aussi ses collègues et patrons, plus spécialement sa supérieure directe.

Pour ce rôle, Falardeau a frappé fort, en retenant les services de nulle autre que Sigourney Weaver, qui donne ici un aperçu de toute l’étendue de son talent. Nuancée, complexe, fascinante, Weaver est une patronne à la fois stricte et honnête, gentille et cruelle… bref, on connaît un peu le genre, mais il n’en reste pas moins que l’on profite de chaque instant de la performance de l’actrice.

Notons aussi la présence de Colm Feore, certes discret, mais qui vient aussi ajouter au melting-pot cinématographique de Falardeau.

À travers tout cela, force est de constater que le personnage de Joanna est un peu fade. Non pas que le jeu de l’actrice principale, Margaret Qualley, soit mauvais, mais peut-être faut-il admettre que Philippe Falardeau, aussi responsable du scénario du film (en s’appuyant sur le livre de Mme Rakoff elle-même), a donné vie à une jeune femme quelque peu transparente.

De fait, entre le moment de son arrivée à New York et la fin du film, la seule véritable progression de la jeune femme, sur le plan personnel, sera de laisser ce copain encombrant qui sert davantage de colocataire que de véritable amoureux. Autrement, on ne retrouve hélas pas cette maturité nouvelle, voire même ces conflits et ces obstacles qu’un personnage principal devra normalement surmonter pour ressorti grandir de son aventure. Joanna est simplement là; elle existe, mais ne transforme pas spécialement son environnement, pas plus que cet environnement ne vient particulièrement la transformer, elle.

Est-ce à dire que My Salinger Year est un film ennuyant? Loin de là, ne serait-ce que pour l’univers créé par Falardeau, avec cette insouciance des années 1990, ce filtre « chaud » placé sur la caméra, ce désir de vivre la vie comme elle se doit d’être vécue, en tentant de réaliser ses rêves. Simplement, eh bien, le voyage initiatique, ou encore le grand cheminement personnel, tout cela sera pour une autre fois.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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