La science ouverte pour lutter contre les inégalités

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Plus d’un mois après sa mort, le nom de Raphaël André résonne encore à Montréal: aurait-il été possible d’éviter le décès de ce citoyen des Premières Nations, mort de froid dans les rues de la métropole?

L’itinérance, le peu de ressources et d’accès à l’éducation de trop nombreux citoyens autochtones, sont bien documentés dans la littérature scientifique. C’est une raison pour laquelle la prochaine étape de la croisade de la science ouverte sera de partager le savoir avec les moins nantis. Améliorer leurs vies en démocratisant les connaissances. Rendre la science utile à ceux qui y participent.

«C’est le temps de décoloniser les savoirs et de faire de la recherche de la bonne façon», annonçait Audrey Pinsonneault, coordonnatrice recherche et amélioration continue du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ) à l’évènement Les sciences ouvertes : pour démocratiser les savoirs, qui était organisé le mois dernier par l’ACFAS.

Il faut promouvoir la participation pleine et entière de tous, tant pour la validation, l’analyse et la présentation des données, et non seulement la collecte de ces dernières. Le libre accès aux sciences doit davantage inclure les minorités dans le processus scientifique: « des recherches participatives avec les groupes marginalisés, et pas sur les groupes marginalisés », explique le professeur de sociologie de l’Université de Montréal, Baptiste Godrie.

Démocratiser les savoirs

Les populations vulnérables font souvent l’objet d’études scientifiques dont la propriété et la diffusion ne leur appartiennent pas. Il est alors légitime de s’interroger sur l’appartenance des nouveaux savoirs: aux chercheurs ou aux communautés? « C’est une lutte centrale. Les populations sont plus souvent objets que détentrices des connaissances. Alors que sans les personnes concernées, il n’y aurait pas de savoir », rappelle le Pr Godrie, également attaché au Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté.

Il souligne de plus que la science doit se faire dans la langue locale – donc, pas seulement en anglais – et dans différents formats pour faciliter l’échange. « Il n’y a pas juste « une bonne façon » de faire, comme on peut le voir dans le champ de la recherche co-construite avec les autochtones, ajoute le chercheur, qui mise sur une science « décoloniale », orientée sur des valeurs de justice et de partage.

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée en 2007, recommande d’ailleurs (article 31) des changements dans la préservation et le contrôle de la propriété intellectuelle du patrimoine culturel des Premières Nations.

Dans le même esprit, il faut aussi encourager une relève de chercheurs autochtones susceptibles de voir les angles morts.

« La science doit se faire en collaboration avec nous, pour favoriser l’amélioration des conditions de vie des autochtones vivant en ville. Cela nécessite aussi de revoir le financement de la recherche auquel nous devrions être associés», ajoute Audrey Pinsonneault.

Cette prise de position arrive de plus à une époque où la planète fait face à des défis majeurs, les changements climatiques en tête: le partage des données scientifiques au plus grand nombre prend alors un nouveau sens et, « pour cela, il faut bâtir des communautés connectées », rappelle Ana Persic, spécialiste principale du programme Sciences naturelles de l’Unesco.

Et ce, y compris dans les pays plus pauvres ou qui ont moins accès à une infrastructure de recherche : pour accélérer l’atteinte des objectifs de développement durable, la science s’avère un outil nécessaire, mais ses résultats devront être davantage partagés qu’ils ne le sont actuellement, notamment dans de nombreux pays du Sud.

Les recommandations de la 40e Conférence de l’Unesco, qui s’était tenue en novembre 2019, allaient d’ailleurs dans ce sens: l’importance de bâtir le futur de la science en favorisant la participation scientifique des autochtones et des citoyens du Sud. Une façon aussi de pousser la science à trouver des solutions pour ceux qui en bénéficieront le plus.

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Agence Science-Presse

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