Revues frauduleuses, mais influentes

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L’influence des revues scientifiques « prédatrices » ou « frauduleuses », c’est-à-dire celles qui publient tout ce qu’on leur envoie moyennant un généreux paiement, n’est pas à sous-estimer: une enquête révèle qu’un grand nombre d’entre elles font toujours partie de la base de données scientifique Scopus, l’une des plus utilisées par les chercheurs.

Le terme « prédatrice » désigne un spectre plus large de pratiques douteuses, mais bien connues des scientifiques depuis maintenant plus d’une décennie. Avec l’aide du numérique, des entrepreneurs ont en effet compris qu’ils pouvaient profiter du besoin pressant d’être publié — le fameux « publier ou périr » des chercheurs— en offrant une plateforme souvent chapeautée d’un nom d’apparence honorable. Certains chercheurs choisissent de payer en connaissance de cause, d’autres parce qu’il leur faut absolument publier.

Avec le temps, des experts ont dressé des listes de revues douteuses, et les bases de données et autres catalogues ont fait du nettoyage, mais apparemment pas assez vite: selon une analyse publiée le 7 février dans Scientometrics, 324 revues « potentiellement » prédatrices ont pu être localisées dans Scopus. Elles représentent 164 000 articles publiés entre 2015 et 2017, ou 3% du total.

Au sommet de la liste, 17% des articles de chercheurs du Kazakhstan et de l’Indonésie tombent dans cette catégorie. Certains pays n’en ont aucun. « Les pays avec un gros secteur de recherche et à un niveau moyen de développement économique semblent plus vulnérables à l’édition prédatrice. »

S’ils ont fait cette analyse, ce n’est toutefois pas pour pointer du doigt des mauvais joueurs, mais pour signaler un problème de « pollution »: un chercheur ou un étudiant qui fait une recherche dans une telle base de données pour savoir ce qui s’est publié sur un sujet, ramasse du coup des recherches qui n’ont été ni révisées ni même relues, contrairement aux prétentions de la revue en question. Et comme l’écrivent les deux auteurs de l’analyse, « les revues prédatrices changent continuellement de nom et d’éditeur », dans le but de brouiller les pistes.

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Agence Science-Presse

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