Littérature – Là où on nous démontre que la principale tâche de l’écrivain, c’est d’abord de lire

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Comment occuper sa retraite du métier d’écrivain une fois qu’on croit vraiment en avoir fini avec la poésie, le roman, la nouvelle et les correspondances? En écrivant, pardi. En écrivant sur les autres, sur leurs œuvres et même sur ce qu’ils ont écrit sur d’autres encore.

La couverture du livre

Publiés dans la collection Papiers collés, chez Boréal, Les pieds sur terre ne sont pas les premiers carnets d’André Major. Ceux-ci couvrent la période de 2004 à 2007.

« Celui qu’on croit être est-il plus vrai que celui que les autres imaginent? » Cette question à elle seule pourrait servir d’assise à ces cahiers. Après une carrière bien remplie, Major n’est pas au bout de ses réflexions ni de ses remises en question. Écrire encore, ne plus écrire ? On peut penser que ce dilemme ne sera jamais résolu et ce n’est pas nous, lecteurs, qui allons nous en plaindre.

Major a beaucoup lu et beaucoup relu. Et ce sont peut-être les résultats de ces relectures qui donnent le plus de profondeur à ces carnets.  Il a beau avoir ses auteurs de prédilection comme Tchékhov, Robert Walser ou Jacques Ferron qui a été son ami, jamais il ne se montre complaisant. Il aimerait bien d’ailleurs avoir une explication de l’attitude de Peter Handke à propos du génocide en Bosnie et au Kosovo.

À tant multiplier les sources et les références, Major se retrouve parfois à affirmer tout et son contraire, comme quoi tous les points de vue et toutes les opinions ont une valeur, une utilité : celle de nous faire réfléchir. Et l’écrivain ne réfléchit pas seulement aux propos des grands auteurs : il émaille ses cahiers d’anecdotes et de réflexions du quotidien avec pour principaux sujets sa relation avec ses petits-enfants et son amour de la forêt laurentienne. Cette passion qui va de l’insecte au grand arbre n’est d’ailleurs pas sans rappeler les propos d’un Jean-Yves Soucy.

André Major ne fait pas dans la rectitude politique. On le voit bien quand, par exemple, en opposition au concert d’éloges qu’on a pu entendre lors du décès de Claude Ryan, homme politique et ancien directeur du Devoir, il ne manque pas de noter que Ryan pouvait être intransigeant et brutal.

Se plonger dans Les pieds sur terre, c’est un peu comme faire trempette dans la bibliothèque d’Alberto Manguel : de référence en suggestion de lecture, il serait facile de se laisser prendre au piège et de ne jamais terminer la lecture de l’ouvrage de Major tant celui-ci, avec une bonne dose de modestie, nous emmène continuellement ailleurs…

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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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