Suzerain et le pays dont vous êtes le héros… ou le zéro

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Il y a quelque chose de franchement accrocheur dans le jeu Suzerain, un simulateur politique développé par Torpor Games et publié par Fellow Traveller. À l’image de la véritable sphère de la vie publique, toutefois, le titre est aussi limité par des contraintes qui peuvent parfois s’avérer franchement frustrantes.

Dans la nation fictive de Sordland, le joueur incarne Anton Rayne, nouvellement élu président après le départ précipité du précédent titulaire du poste, qui venait tout juste de remplacer celui qui était en place depuis 20 ans, après avoir « ramené l’ordre » et maté une crise qui risquait de dégénérer en guerre civile. Face à une société toujours farouchement traditionnelle, mais surtout en retard sur les grands blocs politiques et plongée dans une profonde récession, il faudra tâcher de redresser la situation, et décider si Sordland demeure indépendante, ou cherchera plutôt à s’aligner sur le capitalisme ou le communisme, alors que la guerre froide en est pratiquement à son paroxysme et que les ennemis pourraient s’avérer nombreux.

Il y aura donc fort à faire, dans une partie de Suzerain. D’autant plus que les développeurs ont programmé quantité d’options et de choix à effectuer… et qu’il est impossible de recharger une précédente sauvegarde après certains événements importants. Il sera nécessaire de contenter vos alliés, d’apaiser vos adversaires, de tendre un rameau d’olivier à vos ennemis, ou encore de les pousser à la confrontation. Serez-vous un négociateur éclairé? Un despote? Un homme d’État médiocre? Tout est possible, mais tenter d’obtenir un résultat relativement potable nécessitera tout un talent, d’autant plus que le jeu prendra un malin plaisir à faire surgir des crises à des moments inattendus. À l’image de la vraie vie, il n’est jamais possible de s’asseoir trop longtemps sur ses lauriers; la réalité finira toujours par rattraper les plus optimistes des hommes.

Violemment tiraillé entre le désir de servir de véritable simulation politique, sociale et économique, et offrir une trame narrative solide, le jeu passe près de remporter son pari d’une fusion réussie entre les deux genres, mais force est d’admettre que les ingrédients ne sont pas tout à fait bien mélangés, et que l’ensemble donne souvent naissance à de longs moments de frustration.

L’économie va mal? Pourquoi ne peut-on pas immédiatement contacter ses voisins pour lancer une mission commerciale? L’adversaire au nord se fait menaçant? Pourquoi n’a-t-on jamais l’option de communiquer directement avec le leader du pays en question? Quant aux choix narratifs, s’ils sont bien souvent fort nombreux pour une situation donnée, il advient aussi que l’on nous demande de choisir de poser certains gestes plutôt que d’autres, mais sans offrir le contexte nécessaire pour prendre la bonne décision.

On constate aussi que certains embranchements scénaristiques seront empruntés sans nécessairement tenir compte des choix effectués au long du jeu. Comme cette élection largement perdue, alors que l’on a amené la prospérité, une forme de paix sociale et une plus grande égalité au sein de la population.

Bien sûr, il ne fait aucun doute que les développeurs de Suzerain ne voulaient pas donner dans la simulation simple, à l’instar de Hearts of Iron IV, par exemple, avec ses myriades de colonnes de chiffres, ses trop nombreux menus et son absence de véritables interactions politiques. Mais impossible de ne pas avoir l’impression que le titre est incomplet, et que les actions n’ont parfois aucun impact sur ce vers quoi veulent tendre les développeurs.

Suzerain n’est pas un mauvais jeu, loin de là, et son originalité vaut absolument la peine d’être soulignée. Pourtant, il faudra plusieurs heures de jeu avant de véritablement avoir du plaisir à guider la destinée de Sordland, et ce n’est pas faute d’essayer!

Le titre semble donc incomplet, inachevé. Assez complexe et abouti, certainement, pour offrir une expérience intéressante, mais sans pouvoir aller au-delà des limitations du genre, ou plutôt des deux genres combinés.

Suzerain

Développeur: Torpor Games

Éditeur: Fellow Traveler

Plateforme: Windows (Steam)

Jeu non disponible en français

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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