Dans le bordel des cieux avec Valley of the Gods

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S’il y a une chose qui est sûre, c’est que Valley of the Gods n’est certainement pas le genre de film auquel le spectateur peut s’attendre, étant donné l’univers particulièrement singulier qui l’attend. Dommage que l’ensemble qui dépasse de peu les deux heures est difficilement supportable. Les plus courageux peuvent toutefois satisfaire leur curiosité, puisqu’il est disponible en DVD.

Prolifique artiste dans de multiples disciplines, mais tout de même peu connu du grand public, le polonais Lech Majewski s’est finalement payé des gros noms pour ce qui est certainement son film le plus accessible depuis le début de sa filmographie. L’accès s’arrête toutefois aux gros noms, alors que Josh Hartnett continue de multiplier les projets singuliers et John Malkovich de se montrer partant pour absolument tout (que serait Being John Malkovich sans lui, après tout?).

Mais qu’est-ce que Valley of the Gods, au-delà de son titre pompeux qui s’inspire d’un véritable lieu, tout en voulant lier les choses avec la réalité autochtone? Auteur oblige, c’est une longue saga ambitieuse déclinée en de très nombreux chapitres (parfois très courts), tel un roman, qui laisse la destinée de plusieurs personnages s’entrecroiser avec ou sans lien. Naviguant à travers le temps, les lieux et les possibles, divaguant entre drame, fantaisie et science-fiction.

On a donc envie d’amener quelques comparaisons avec le chef-d’oeuve de Kubrick qu’est 2001: A Space Odyssey. Certes il y a ce rythme contemplatif, cet univers énigmatique et la présence notable de Keir Dullea, du haut de ses 80 ans, qui a interprété l’astronaute David Bowman.

Les comparaisons s’arrêtent toutefois bien vite. On peut accepter que la qualité des effets spéciaux laisse souvent à désirer, puisque le budget ne devait sûrement pas égaler la grandeur des désirs du cinéaste, surtout que certains plans qui se concentrent sur la beauté naturelle et non modifiée de plusieurs lieux sont magnifiques. On a beaucoup plus de mal avec l’intérêt à accorder à l’ensemble, puisqu’en se rapprochant du Wim Wenders du 21e siècle (celui qui ne nous intéresse plus et qui fait ombrage aux grandes œuvres de ses débuts, sauf peut-être ses sublimes documentaires comme Pina 3D et The Salt of the Earth), Majewski n’a certainement pas ce qu’il faut pour construire quelque chose d’à la fois mystique, moderne, traditionnel et fascinant comme Malick, Kelly ou même Sorrentino, pour ne nommer que ceux-là, en ont le secret.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Il y a bien les jolies mélodies du compositeur polonais oscarisé Jan A.P. Kaczmarek et ce désir de creuser un tant soit peu la psychologie en touchant à des thématiques comme la solitude et le deuil, mais qu’importe les trouvailles les plus bizarroïdes que le film peut nous présenter, il est très difficile d’avoir envie de se rendre jusqu’au bout. En effet, puisqu’on se rend rapidement compte que l’ensemble ne mènera probablement nul part de toute façon.

Un ennuyant making of de vingt minutes se trouve dans les suppléments, ce qui prouve que son créateur ressemble au rythme lent et singulier de son film, mais qui est presque uniquement composé de témoignages des comédiens qui en vante le « génie ».

Si Valley of the Gods était la porte d’entrée à Hollywood pour Lech Majewski, il ne parviendra qu’à rejoindre un groupe très sélectif de cinéphiles amoureux des œuvres exigeantes et poussives. Le résultat un tant soit peu original n’a que bien peu à offrir au final pour véritablement sortir du lot et devenir intéressant, ou même mémorable. On passe vite notre chemin, bien plus vite que le temps que le film prend pour être écouté.

3/10

Valley of the Gods est disponible en DVD et en Blu-Ray via Well Go USA depuis le 11 août dernier.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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