Deux mondes parallèles, mais un seul univers

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La version française du premier et seul roman du dramaturge cri Tomson Highway, vient d’être rééditée dans la Bibliothèque canadienne-française sous la traduction de Robert Dickson qui date de 2004. Champion et Ooneemeetoo était paru dans sa version originale anglaise en 1998, sous le titre Kiss or the Fur Queen.

En quelques centaines de pages seulement, l’auteur explore un univers complexe, celui de l’humain, en confrontant deux mondes parallèles: les autochtones et les autres.

La couverture du livre

Avec peu de mots et en allant droit au but, on nous assène les atrocités perpétrées par les membres du clergé dans les pensionnats pour autochtones. À cet égard, Highway est un peu un précurseur. Rappelons-nous, au moment où il écrit ces lignes, on est en 1998, avant les procès qu’on a connus pour abus sexuels à l’endroit des enfants.

Sur une période d’une trentaine d’années, on suit les protagonistes Champion et Ooneeneetoo (Danseur), rebaptisés Jeremiah et Gabriel par la « culture catholique » imposée à leurs ancêtres. Le destin de ces deux frères, tel que présenté par l’auteur, va nous faire passer de la chasse traditionnelle au caribou à la dure réalité du VIH, en passant par les joies et les affres du vedettariat. Champion, ainsi nommé parce qu’il est né après que son père eut remporté le championnat du monde des courses de traîneau à chiens, deviendra le premier pianiste de concert autochtone. Ooneemeeto, quant à lui, il sera adulé pour sa beauté et son talent de danseur. Ces deux inséparables seront coupés de leurs racines, envoyés dans un pensionnat et empêchés de parler le moindre mot de leur langue maternelle.

L’usage de vocabulaire cri, glossaire à l’appui, et d’expressions québécoises des plus crues, ajoute de la crédibilité et la richesse du récit. Des noms qui ne s’inventent pas et des légendes plus vraies que vraies assoient solidement le récit dans deux mondes qui se côtoient sans jamais se fondre : deux solitudes dans un même univers.

C’est un ouvrage cru, poétique, prophétique, emblématique!


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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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