The Invisible Man, ou le monstre de la violence conjugale

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En utilisant le personnage de l’homme invisible pour traiter de violence conjugale, le réalisateur Leigh Whannell livre la meilleure adaptation cinématographique du roman de H.G. Wells de tous les temps avec The Invisible Man, disponible cette semaine en 4K, Blu-ray et DVD.

Deux semaines après s’être littéralement évadée de sa relation malsaine avec Adrian Griffin, un homme possessif et violent, Cecilia Kass est terrifiée à l’idée que son ex ne la retrouve, et bien qu’elle demeure chez un ami policier, elle est toujours incapable de sortir dehors, ne serait-ce que pour aller chercher le courrier dans la boîte aux lettres. Même l’annonce du suicide apparent d’Adrian ne la rassure pas, et la pauvre femme demeure convaincue qu’il s’agit d’un stratagème de plus pour la tourmenter. Se sentant constamment épiée, elle en vient à croire que son ancien conjoint, un leader dans le domaine de l’optique, a trouvé le moyen de se rendre invisible, et alors que son entourage est persuadé qu’elle est en train de perdre la raison, Cecilia, de plus en plus isolée, se retrouvera à la merci de cette menace imperceptible.

La pochette du boîtier

Prenant place la plupart du temps derrière des portes closes, la violence conjugale est, en quelque sorte, invisible, et tandis que leur conjoints se transforment en monstres, les femmes qui en sont victimes sont soumises à une forme d’horreur bien réelle (en plus de ne pas toujours être prises au sérieux), et sous le couvert du film de genre, le réalisateur Leigh Whannell livre une allégorie des plus percutante et pertinente avec The Invisible Man. Non seulement la prémisse du long-métrage est absolument géniale et redonne ses lettres de noblesse à un personnage souvent associé à la série B, mais l’idée de base est admirablement bien développée dans ce long-métrage, qui multiplie les rebondissements inattendus jusqu’à la toute fin.

Dès la toute première scène du film, où Cecilia débranche les caméras de surveillance et les systèmes de sécurité de la maison en faisant le moins de bruit possible pour s’enfuir en pleine nuit sans réveiller son conjoint, The Invisible Man transmet efficacement la claustrophobie, et l’anxiété que vit une victime de violence conjugale passant son temps à regarder derrière son épaule. Porte s’entrebâillant peu à peu sans qu’on ne distingue personne à l’horizon, souffle à peine visible derrière elle dans l’air froid, contours d’une silhouette esquissée sous la pluie ou combats contre un ennemi invisible, la réalisation de Leigh Whannell demeure toujours très subtile, malgré ses éléments fantastiques.

Image tirée du film

J’ignore s’il existe une telle chose qu’une physionomie de victime, mais Elisabeth Moss semble cumuler les rôles de femmes violentées ou abusées à travers sa carrière cinématographique, de l’incontournable série Handmaid’s Tale en passant par The Kitchen, et même si on compte quelques personnages secondaires dans le film, dont la sœur de Cecilia (jouée par Harriet Dyer), son ami policier (Aldis Hodge) et sa fille (Storm Reid), ou encore son copain violent (Oliver Jackson-Cohen), qu’on aperçoit à peine pour cause d’invisibilité, on peut facilement qualifier The Invisible Man de « one-woman show », et le long-métrage aurait assurément été beaucoup moins réussi sans la bouleversante performance de Moss dans la peau de Cecilia Kass.

La version Combo Pack de The Invisble Man inclut le film sur disques Blu-ray et DVD, et comprend un code pour télécharger une copie numérique. En plus d’une piste de commentaires livrée par le réalisateur et de neuf scènes retirées du montage final, l’édition comprend également quatre revuettes fort intéressantes. La première est consacrée à la performance d’Elisabeth Moss. Leigh Whannell parle de sa fascination pour le cinéma d’horreur et de sa démarche dans la seconde. La troisième explore les autres personnages de l’intrigue, tandis que la dernière s’attarde à l’héritage de l’homme invisible, et à ses différentes incarnations à travers le temps.

Depuis quelques années, les studios Universal tentent de dépoussiérer les monstres classiques de leur « Dark Universe », et si Dracula Untold ou The Mummy n’ont pas été particulièrement concluants, ils frappent enfin un gros coup avec The Invisible Man, qui s’annonce déjà comme l’un des meilleurs films de genre de 2020.

8/10

The Invisible Man

Réalisation: Leigh Whannell

Scénario : Leigh Whannell (d’après le roman de H.G. Wells)

Avec : Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Harriet Dyer, Aldis Hodge, Storm Reid, Michael Dorman et Benedict Hardie

Durée : 124 minutes

Format : Combo Pack (Blu-ray + DVD + copie numérique)

Langue : Anglais, français et espagnol

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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