En Amérique, quand croire la science devient politique

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Il fallait s’y attendre: après tout, le président des États-Unis, celui-là même qui doit normalement représenter l’autorité politique suprême du pays, n’a-t-il pas affirmé à maintes reprises, au début de la pandémie, que la COVID-19 « est comme une grippe », et « qu’elle disparaîtra bientôt, par miracle »? Selon un récent sondage du Pew Research Center, la confiance des Américains envers les scientifiques et les autorités médicales a augmenté depuis le début de la crise sanitaire, mais cet appui est divisé en fonction des allégeances politiques.

Le coup de sonde, réalisé du 29 avril au 5 mai auprès d »environ 11 000 adultes américains révèle que 43% des répondants accordent « une grande confiance » aux professionnels de la médecine lorsque vient le temps d’agir dans le meilleur intérêt du public, une proportion en hausse par rapport à un taux de 35%, l’année précédente, ou encore comparativement à une proportion de 24% des répondants en 2016. Cette année, quelque 46% des participants ont aussi affirmé qu’ils faisaient « confiance » à cette même catégorie de chercheurs et de spécialistes, pour un total de 89% de répondants disant avoir confiance envers ces scientifiques.

Lorsqu’il est question des scientifiques en général, le taux de gens leur accordant une « grande confiance » dans 39% des cas, mais une « confiance » dans 48% des cas, pour un total de 87% de la population disant faire confiance aux chercheurs et spécialistes.

Le fossé est toutefois en train de se creuser entre les partisans d’un confinement prolongé et de mesures de protection plus strictes, et ceux qui souhaitent voir une relance des activités économiques, notamment pour retrouver une certaine « normalité » après plus de deux mois de « mise en pause » de l’économie. D’autant plus que le président Trump et les politiciens républicains, critiqués pour leur gestion de la pandémie, planchent sur une économie nationale forte pour tenter d’assurer leur victoire lors des élections législatives, sénatoriales et présidentielle de novembre prochain. Rien d’étonnant, alors, à ce que le locataire de la Maison-Blanche publie régulièrement, sur Twitter, des messages évoquant une « transition vers la grandeur » – en lettres majuscules –, ou qu’il ait incité ses abonnés à « libérer » des États où il jugeait les mesures de confinement trop sévères. Des États dirigés par des gouverneurs démocrates…

Ainsi, la confiance du public envers les autorités sanitaires est en hausse chez les démocrates, avec 53% de ces derniers faisant « grandement confiance » aux spécialistes, un bond spectaculaire de 16 points de pourcentage, alors qu’elle est très légèrement en baisse chez les républicains: les partisans du Grand Old Party sont ainsi 31% à faire autant confiance aux autorités sanitaires que les démocrates, en baisse d’un point par rapport à l’année précédente.

Du côté des scientifiques, plus précisément, ils ont l’appui de 52% des répondants démocrates, en progression par rapport à 43% en 2019, tandis que seuls 27% des républicains les appuient, une proportion qui n’a pas changé depuis l’an dernier.

Et si la majorité des participants au sondage (59%) juge que les mesures de distanciation sociale sont très utiles pour ralentir la progression du coronavirus, la proportion est encore une fois plus forte chez les démocrates (69%) que chez les républicains (49%).

Les deux groupes politiques s’entendent cependant à 55% pour affirmer que l’opinion publique ne devrait pas avoir de rôle à jouer. De quoi espérer, peut-être, que la santé puisse primer sur les considérations politiques, même en cette année électorale où la course promet d’être serrée.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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