Blood Machines: en attendant le film, Carpenter Brut s’éclate en musique

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Le projet Blood Machines est étrange, c’est le moins que l’on puisse dire. Piloté par Seth Ickerman, celui-là même qui avait réalisé l’éclectique vidéoclip (et le mot est faible!) pour la pièce Turbo Killer de l’artiste synthwave Carpenter Brut, il s’agit d’un film de science-fiction d’une cinquantaine de minutes, dont la bande sonore est justement produite par… Carpenter Brut. En attendant le film, d’ailleurs, cette trame musicale est disponible, et on y découvre un nouvel aspect de l’artiste français.

La réputation de Carpenter Brut n’est plus à faire. Le créateur musical a beau ne compter « que » deux albums, dont le premier, Trilogy, est en fait une synthèse de trois EP sortis précédemment, son nom est déjà synonyme de musique électronique qui frappe fort, et de rythmes à la fois rétro et futuristes qui évoquent un mélange des années 1980 et d’un futur couleur néon mêlant violence gratuite et faibles lueurs d’espoir.

Bien entendu, le fait d’avoir contribué à enjoliver la bande sonore du jeu Hotline Miami 2, avec l’extraordinaire (et dévastateur) Roller Mobster, a certainement aidé à cimenter la notoriété de l’artiste.

Avec cette participation à Blood Machines, on pourrait penser que la boucle est bouclée. Voilà en effet un réalisateur qui s’était inspiré de l’iconographie parfois étrange de Carpenter Brut – des femmes peu vêtues, des couleurs néon et l’emploi d »une croix chrétienne inversée, un symbole transgressif bien connu – pour donner naissance à l’histoire derrière Turbo Killer, où un homme en pardessus fait la course, en voitures outrun des années 1980, à un assassin/sauveur masqué (?) qui a pris la fuite avec une jeune femme marquée au front, justement, de cette croix inversée. C’est complètement déjanté, c’est absurde, mais tout cela concorde avec le style de Carpenter Brut, alors pourquoi se plaindre?

Il a pourtant fallu attendre plusieurs années pour que Blood Machines, qui est présenté comme étant la suite de Turbo Killer, voit le jour. De fait, le film est toujours en post-production, après avoir été tourné en 2017 et financé à l’aide d’une campagne de contributions du public. Après tout, on s’attend à une orgie d’effets spéciaux, et ces choses-là prennent du temps.

Avant la sortie du film, donc, la bande sonore a été rendue disponible sur Bandcamp. S’agit-il de faire patienter les cinéphiles? Ou plutôt de contenter les amateurs de Carpenter Brut, dont le dernier album date du début de 2018?

Quoi qu’il en soit, l’accompagnement musical de Blood Machines est disponible, et le résultat est… différent? Bien sûr, on retrouve les sonorités électroniques et les rythmes trépidants des deux précédents albums de Carpenter Brut. Bien sûr, on se surprend à hocher de la tête alors que les percussions résonnent entre nos oreilles, tout particulièrement lorsque la pièce d’introduction se termine et que Carpenter Brut y va d’un staccato bien senti.

Toutefois, il ne s’agit pas d’un disque de musique synthwave comme les autres. Long-métrage oblige, une bonne partie de la bande son sert évidemment d’accompagnement à l’action qui se déroulera à l’écran, et il est donc impensable de n’offrir que des pièces où les notes déboulent à une vitesse interstellaire. À l’image de Daft Punk et de son excellente trame sonore pour Tron: Legacy, cette ambiance musicale pour Blood Machines évoque justement les grandes étendues néon et numériques de ce film mal-aimé. Avec, probablement, une petite touche supplémentaire, un quelque chose de sinistre. Si l’univers de Tron: Legacy était sombre, mais « pur », en quelque sorte, celui de Blood Machines porte à croire que quelque chose de cruel et de terrifiant se cache dans la pénombre, entre deux étoiles.

S’agit-il d’un album qui s’écouterait seul, sans vraiment imaginer ce à quoi ressemblera le film? Pas nécessairement. Une bande sonore de film sans images, après tout, donne un peu l’impression d’être incomplète, d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’une collection de titres indépendants qui ne sont rassemblés que pour les besoins de l’oeuvre, par exemple.

Ceci étant dit, Blood Machines demeure un très bon album, qui plaira certainement aux amateurs de musique électronique, surtout à ceux qui pourraient être rebutés par l’aspect un peu clinquant / rock poilu de Leather Teeth. À découvrir!


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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