Les fleurs oubliées – Révolte verte

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Le cinéaste André Forcier fait ressurgir le frère Marie-Victorin (1885-1944) dans le contexte de la lutte environnementale contemporaine, avec son dernier film Les fleurs oubliées, une trouvaille intéressante.

Le religieux botaniste n’a pas que prélevé l’inventaire floristique de la vallée du Saint-Laurent dans son œuvre maîtresse Flore laurentienne (1935), il tenait une correspondance foisonnante de détails appelée «lettres biologiques» rendant compte de son exploration de la sexualité. Sa muse Marcelle Gauvreau, jouée par l’actrice Mylène Mackay, était le point de bascule de la conscience de cet homme contemplatif de la beauté des fleurs comme des femmes. Si l’émerveillement de ce personnage, joué par Yves Jacques, peut nous agacer, sa façon de décrire ce qu’il observe apporte une profondeur à une vue du registre du film québécois de l’été.

Le frère Marie-Victorin vient tenir compagnie à un ex-agronome, joué par Roy Dupuis, qui vit dans une sorte d’autarcie relative à bord de son voilier amarré à une île devant Montréal où il élève des abeilles pour produire un hydromel qu’il vend dans les environs. Cet ex-activiste prend son trou en caressant le rêve d’aller s’établir à «Mingan» sur la Côte-Nord. Il fait la rencontre d’une avocate qui a du caractère, jouée par Christine Beaulieu de la pièce de théâtre J’aime Hydro. Puis, il se lie avec une journaliste qui traîne son bébé partout et un groupe de punks qui vit dans un squat, des personnages invraisemblables dont la crédibilité tient de leur importance dans le dénouement du récit.

Bien que le cinéaste Denys Arcand fasse une apparition, c’est plutôt du côté de la cinématographie de Pierre Falardeau qu’il faut comparer le regroupement de ces germes de rébellion dirigé contre une entreprise spécialisée dans les biotechnologies agricoles. Le propriétaire de la compagnie de produits transgéniques, l’agriculteur propriétaire de la terre exploitée et le policier ne sont que des variantes du héros Elvis Gratton. Certains les qualifieraient de caricatures, mais la campagne électorale fédérale 2019 nous a montré que ce type de cowboy existe toujours et que certains sont bien en selle sous le couvert de la monarchie constitutionnelle.

Les amateurs du style d’André Forcier risquent d’avoir un peu de misère à digérer le gratin grand public. Il ne faut pas s’attendre à la grandeur des films Le vent du Wyoming (1994) et Je me souviens (2009), le long-métrage Les fleurs oubliées se situe plutôt dans la continuité du revirement de Coteau Rouge (2011), dont les scènes initiales de parcours du territoire sont similaires.

On ne peut pas lui en vouloir d’avoir réalisé une fiction rassembleuse sur un des projets qui a menacé la souveraineté territoriale du Québec, aux côtés de l’oléoduc et la fracturation hydraulique. Les révélations de l’émission Enquête du 21 février 2019 sur les ondes de Radio-Canada demeurent troublantes.

À la projection du 30 octobre au Cinéma Beaubien, le cinéaste André Forcier nous a donné un avant-goût de son prochain film. Pendant la Grande Noirceur, un professeur anarchiste enseignant la figure de Judas Iscariote perd son emploi.

Retour aux sources en perspective?


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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