Hotel Mumbai: souvenirs troubles

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Depuis que les nouvelles sont devenues spectacle, toutes les raisons sont bonnes pour revivre les tragédies à toutes les sauces. Hollywood ayant toujours eu un faible pour les histoires vraies, on se retrouve une décennie plus tard à revivre en mode gros suspense à budget les attentats de 2008, en Inde. Hotel Mumbai est ainsi prêt à nous faire vivre toutes les gammes d’émotions possibles, coûte que coûte.

Popularisé par Peter Berg dans les dernières années (Lone Survivor, Patriots Day, Deepwater Horizon), on a soudainement délaissé les mélodrames larmoyants pour centrer la survie au cœur de l’action, histoire de nous faire (re)vivre pratiquement en temps réel une situation intense vécue dans l’urgence la plus crue. Pas question de donner dans le documentaire (bien qu’ici Hotel Mumbai s’inspire d’un documentaire, Surviving Mumbai) et pas d’effets d’esbroufe de caméra-vérité qui branle et joue sur les zooms à la Paul Greengrass (United 93, Captain Phillips).

Dans un film plus humain et moins sensationnaliste que les efforts de Michael Bay (Pearl Harbor, 13 Hour), on se centre sur les faits et on joue la carte de la reconstitution fidèle à la lettre avec un soin considérable, n’oubliant pourtant jamais qu’il s’agit d’un film. On nous trouve donc plusieurs personnages principaux, histoire de créer l’effet Paul Haggis, et on essaie de faire la part des choses pour se donner l’impression d’être nuancé à travers les survivants, les victimes, les terroristes, les étrangers et on en passe. N’est pas Crash qui veut, toutefois, et disons que cette tentative malhonnête d’ouverture et d’union plus forte que tout face aux épreuves de la vie, en surmontant tous les préjugés, se rapproche davantage du racisme camouflé de Green Book.

En enrobant le scénario manipulateur de points de repère véritables, on en profite pour créer un film fait pour un public cible précis qui prendra plaisir à vivre la terreur de pauvres touristes pris aux pièges, tout en réalisant que les races ne sont pas toutes mauvaises et qu’elles ont elles aussi leurs gentils et leurs méchants, tout comme leurs propres victimes particulièrement innocentes.

C’est en se prenant très au sérieux qu’on utilisera ainsi Dev Patel pour incarner un espèce de John McClane pakistanais, avec ces références multipliées au célèbre héros moderne du quotidien et surtout nu-pieds qu’a incarné Bruce Willis dans Die Hard. Sauf que voilà, là où le fictif No Escape pouvait se prendre avec un grain de sel face au ridicule de la majorité de ses situations, les quelques répliques humoristiques sont bien peu suffisantes pour faire oublier la maladresse des revirements et le côté foncièrement désagréable de la majorité des personnages pour lesquels on devrait éprouver de la pitié.

Quelques avantages

Hotel Mumbai demeure néanmoins un effort louable. En termes de film d’action à grand déploiement, on se retrouve davantage du côté des films catastrophe, et on est rivé sur le bout de notre siège pour voir comment tout ceci pourra bien se terminer. Avec un montage habile, une trame sonore convenue, une direction photo intuitive lorsqu’elle ne se perd pas dans les ralentis pour accentuer des réactions, le tout est très compétent, surtout pour un premier film où Anthony Maras s’est chargé de la réalisation, d’une partie du montage, de la moitié du scénario, tout comme du poste de producteur exécutif.

Il y a également de belles trouvailles au niveau de la distribution. Pour revenir à la comparaison avec Piège de cristal, il est encore bizarre d’offrir un rôle de russe à un acteur britannique comme Jason Isaacs, mais on est toujours heureux de retrouver Dev Patel et Armie Hammer est toujours d’agréable présence. Anupam Kher, bien mis en valeur dans The Big Sick, fait également un très bon travail dans ce rôle de chef d’hôtel prêt à tout pour défendre le lieu tout comme de protéger ses invités.

Reste à voir si le manque de nuances et les excès plus discutables du scénario sont attribuables à John Collee, dont la carrière assez inégale le propulse des adultes aux enfants entre Happy Feet, Master and Commander: The Far Side of the World et Walking with Dinosaurs, notamment. Bien que cela pèse pour beaucoup dans la balance puisque la majorité des spectateurs prendront pour du concret tout ce qu’on leur montrera sous les yeux compte tenu de l’aspect véritable de tout ce qu’il raconte à la base, on ne voudra pas non plus gâcher notre plaisir de ce film à prendre avec des pincettes.

Certes, le mieux serait de faire ses propres recherches et de véritablement écouter le documentaire à la suite du film, histoire de s’informer sur ce sujet peu connu, mais comme ceux qui se prêteront à l’exercice ne seront pas très nombreux, on ne gâchera pas trop notre plaisir. Hotel Mumbai demeure un essai hollywoodien louable qui met en lumière une tragédie qui mérite d’être gardée en mémoire. Et s’il n’essaie pas vraiment de comprendre comment quelque chose de cette nature a pu se dérouler, il réussit quand même à nous le faire revivre avec une authenticité non-négligeable. C’est déjà ça de gagné.

6/10

Hotel Mumbai prend l’affiche en salles ce vendredi 29 mars.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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