Participation publique et femme-objet au Wilder

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Le public des spectacles de Tangente se doit d’aimer les arts expérimentaux. MEATmarket + (trans)FIGURation, de Dana Dugan, et Forêt, d’Élian Mata, se situent tout à fait dans la mouvance des arts contemporains de la scène, quelque part entre danse, théâtre, installation et performance. S’ajoute ensuite, dans le cas de Dana Dugan, la vidéo et les arts circassiens, sans oublier la contribution active des spectateurs.

Dans la première séquence, seule artiste à se mettre en scène, Dana Dugan invite les spectateurs à prendre place sur le sol d’une très grande salle où des slogans sont inscrits à la craie et où une projection vidéo montre ce que l’on verrait sur son écran d’ordinateur si l’on faisait des recherches autour du thème de la femme-objet: femme victime de violences sexuelles ou autres, femme victime de la chirurgie esthétique, femme victime de ses représentations sur les publicités de produits divers. Le meilleur moment de cette projection en anglais est lorsque des enfants sont interrogés sur leur perception de ces publicités. Cela donne à réfléchir.

Pendant la projection, Dana Dugan se déshabille entièrement et ne conserve que ses talons aiguilles sur lesquels elle enfile un collant transparent. Les spectateurs sont invités pendant de longues minutes à tourner en silence autour de la scène, reliés entre eux par une immense guirlande de plastique. Ce moment m’a donné l’impression d’être un peu prise au piège. Un autre spectateur, qui s’exprimait pendant le débat qui a suivi la représentation, parlait quant à lui de méditation… Les impressions peuvent différer.

L’artiste poursuit sa performance avec de la peinture, se fait nettoyer, joue un peu sur un trapèze. Quand finalement les spectateurs sont « autorisés » à reprendre place dans la salle, une personne est invitée à lire un texte féministe en anglais, et Dana Dugan s’installe durablement sur son trapèze, revêtue d’un parachute blanc entouré d’une énorme feuille de plastique. J’ai trouvé ce passage assez beau. Sur une musique douce et bien choisie et un clair-obscur élégant, les gestes lents de l’artiste ressemblaient un peu à l’éclosion de sa chrysalide de quelque papillon de nuit.

La performance était sans doute destinée à faire réfléchir aux violences faites aux femmes. Y est-elle parvenue? Je ne sais pas.

La deuxième représentation Forêt, renvoie à une sorte de commencement du monde des humains où, entièrement nus, six artistes (trois hommes et trois femmes), semblent découvrir par le geste leurs rapports entre eux. Formant d’abord une espèce de magma à peine visible dans une obscurité voulue, ils se relèvent finalement en pleine lumière, expérimentent les mouvements qu’ils sont capables de faire et paraissent, pour finir, découvrir le vêtement végétal qui ne cache leurs corps qu’en apparence.

Comme on l’exprime souvent en art contemporain, les deux performances étaient intéressantes. Quant à dire quelles émotions ou quelles interprétations on peut en retirer, la chose est laissée au jugement de tout et chacun.


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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