Les femmes fatales de Killing Eve

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Après la magistrale série Orphan Black, la BBC America récidive avec Killing Eve, l’équivalent féminin d’un thriller d’espionnage à la Robert Ludlum ou John le Carré mettant en vedette Sandra Oh, Fiona Shaw et Jodie Comer.

Agente de bureau pour le gouvernement britannique, Eve Polastri s’ennuie ferme. Lorsqu’un politicien russe est assassiné en pleine rue à Vienne, elle est persuadée que le coupable est une femme, et va jusqu’à interroger elle-même des témoins afin de prouver sa théorie, mais elle est rapidement licenciée pour avoir outrepassé ses pouvoirs. Aussitôt recrutée par les services secrets du MI6 qui apprécient la justesse de son instinct, elle se retrouve à la tête d’une équipe chargée de prouver l’existence d’une assassine surnommée Villanelle, qui multiplierait les meurtres à travers l’Europe depuis plus de deux ans. Eve parviendra-t-elle à découvrir pour quel gouvernement ou organisation la tueuse travaille, et surtout, quel est son but?

La pochette du boîtier

Inspiré du roman Codename Villanelle de Luke Jennings, Killing Eve propose un thriller d’espionnage sombre, tordu, et moderne. Dans cette intrigue où les hommes sont relégués à l’arrière-plan, non seulement est-ce une femme qui mène l’enquête, mais l’assassin traqué à travers le vieux continent est également de sexe féminin, ce qui est assez rare chez les psychopathes. Cette optique insuffle beaucoup de fraîcheur à un genre surexploité, et au-delà du simple jeu du chat et de la souris, la série fait preuve de beaucoup d’humanité, en explorant la relation malsaine qui s’établira peu à peu entre ces deux femmes aux personnalités diamétralement opposées.

Aussi bien réalisée que n’importe quel film, la grande force de Killing Eve est d’opposer constamment le banal au brutal, en juxtaposant la vie ordinaire et bien rangée d’Eve à celle, beaucoup plus flamboyante et chaotique, de la séduisante tueuse surnommée Villanelle. Comme l’assassine n’utilise jamais le même modus operandi afin de brouiller les pistes, les meurtres sont variés, et assez créatifs. De la beauté bucolique de la campagne anglaise en passant par Berlin, Moscou, Paris ou Vienne, la série utilise l’Europe entière comme terrain de jeu, et il y a tellement de lieux de tournages qu’on dirait qu’aucune scène ne prend place deux fois au même endroit.

Image tirée de la série

La Canadienne Sandra Oh (Grey’s Anatomy, Sideways) est phénoménale dans Killing Eve, et elle livre une Eve Polastri vraie, attachante, et dont on sent tout le vécu. Incarnant sa très froide patronne, Fiona Shaw (Harry Potter) est, comme toujours, absolument impeccable. Peu connue de ce côté-ci de l’Atlantique, Jodie Comer constitue une révélation, et sa façon de se glisser avec aisance dans la peau d’une psychopathe s’adonnant à des jeux mortels avec le même plaisir qu’une enfant gâtée amuse autant qu’elle donne froid dans le dos. On apprécie aussi la présence de Kim Bodnia et d’Owen McDonnell, les acteurs jouant les deux seuls personnages masculins un peu substantiels de la série.

L’édition DVD de Killing Eve contient les huit épisodes d’une quarantaine de minutes chacun sur deux disques. Huit revuettes accompagnant l’édition permettent d’en apprendre davantage sur la genèse de la série. Trois d’entre elles se consacrent aux personnages d’Eve, de Villanelle, et à la fascination qui s’installe entre les deux femmes. D’autres expliquent comment le roman de Luke Jennings a été adapté pour la télévision, nous laissent pénétrer dans les coulisses du premier meurtre en Toscane, ou nous font visiter les multiples endroits où la production a tourné.

Nul besoin d’être une femme pour apprécier l’espionnage au féminin de Killing Eve, puisque cette série intelligente et originale figure assurément parmi les meilleures nouveautés de l’année

8/10

Killing Eve

Réalisation : Harry Bradbeer, Jon East et Damon Thomas

Scénario : Phoebe Waller-Bridge, Vicky Jones, George Kay, Rob Williams (d’après le roman de Luke Jennings)

Avec : Sandra Oh, Jodie Comer, Fiona Shaw, Kim Bodnia et Sean Delaney

Durée : 360 minutes

Format : DVD (2 disques)

Langue : Anglais seulement (avec sous-titres anglais)

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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