Zombie Boy et Marie Madeleine: nouvelles icônes

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Qu’elle soit religieuse ou fameuse, l’icône sous divers couverts est indéracinable de l’imaginaire collectif. Le suicide du mannequin Zombie Boy, le 1er août, et les découvertes sur la présumée compagne de Jésus, Marie Madeleine, ouvrent une nouvelle dimension à l’icône.

L’icône articule deux mouvements apparemment contraires, d’une part, elle assure une distance par rapport aux origines et d’autre part, permet un retour aux origines afin de reconstituer une unité au moment où, en se développant, le groupe risque de se disperser. Ainsi le souvenir se combine à l’édification productrice d’une image destinée à protéger le groupe de sa dispersion, écrit le philosophe Michel de Certeau dans l’essai L’écriture de l’histoire parue en 1975.

«À l’époque, les légendes servaient à s’orienter sur le territoire européen et à l’idée de faire communauté autour d’un répertoire. La saga et l’épopée avaient la fonction de fonder un peuple autour d’une croyance, d’une histoire, et de l’existence d’un demi-dieu comme Hercule. Ce personnage justifie pourquoi le peuple est supérieur, ce qui peut mener aux dérives du fascisme», explique le conteur Luigi Rignanèse en entrevue le 11 septembre 2017.

De plus, l’icône n’existe pas seulement par son groupe respectif, son édification est relative à l’espace-temps. Sa justification se compose de vertus ou d’actes extraordinaires fournissant des modèles sociaux, poursuit le philosophe. «Aujourd’hui, cette fonction est tenue par des magazines de célébrités comme Gala et Voici. Ils vont chanter la généalogie de toutes les grandes familles capitalistes parce qu’ils ont de bons gènes depuis des siècles et c’est pour ça qu’ils dirigent le monde», poursuit le conteur.

Zombie Boy et Marie Madeleine correspondent et échappent au contexte décrit par le philosophe et le conteur, marquant une nouvelle dimension à l’icône.

Nouvel horizon

Ayant grandi à LaSalle, Rick Genest a vécu une partie de sa vie dans les rues de Montréal. À l’âge de 15 ans, il a dû subir une opération pour retirer une tumeur au cerveau, d’où l’origine de son surnom Zombie Boy. L’année suivante, il s’est fait faire son premier tatouage. L’artiste montréalais Frank Lewis a tatoué son corps à 90%. Ainsi, il s’est exhibé dans le vidéoclip de la chanson Born This Way de Lady Gaga et lors d’événements internationaux organisés par des designers. Il détenait deux records Guinness pour le plus grand nombre d’insectes et d’os tatoués sur un corps humain. À cela, s’ajoutent une statue à son effigie au Musée Grévin de Montréal et une éventuelle sculpture de bronze au London Science Museum, rapporte Radio-Canada le 2 août.

Marie Madeleine n’était pas une prostituée telle que condamnée par l’Église pendant des siècles, d’après la chercheuse Jennifer Ristine du mouvement catholique Regnum Christi de Chicago. Effectuant des fouilles archéologiques à Magdala en Israël depuis les années 1970, les chercheurs ont trouvé une synagogue du siècle premier, une représentation du temple de Jérusalem en pierre, des bains de purification rituels, des maisons et un port. À l’époque de Marie Madeleine, l’industrie florissante de la pêche avait enrichi ce peuple et bien positionné ce village économiquement. Ainsi, la chercheure suppose que cette femme était riche et qu’elle a joué un rôle clé dans la vie de Jésus, rapporte El Pais le 3 août.

Si Zombie Boy situe son aura entre son épiderme et les diverses captations photographiques, vidéos ou autres, les découvertes au sujet de Marie Madeleine vont détrôner l’exclusivité de la figure féminine de la mère de Jésus.

Zombie Boy a mis un terme à l’éclat éphémère de ses tatouages étant donné que la peau respire, plisse et vieillit. Alors que les chercheurs redonnent de la valeur à Marie Madeleine en la situant dans un contexte historique et géographique.

Zombie Boy a défini une nouvelle matérialité à l’icône, tandis que l’icône de Marie Madeleine coupe l’herbe sous le pied à la tradition patriarcale, du moins catholique, n’accordant que des vertus maternelles aux modèles féminins.

Ces deux icônes se déploient à une autre échelle.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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