Printemps nordique 2018 – Un Nord à définir

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Si l’ours polaire figure dans l’imaginaire populaire en bouc émissaire de la fonte des glaces dans l’Arctique, une pluralité de cultures méconnues y prend place dont la variété linguistique se chiffre à sept langues.

La table ronde internationale de la création, de la diffusion et de la recherche sur le Nord et l’Arctique, qui s’est déroulée les 5, 6 et 7 avril sous l’égide de la Chaire de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), visait à faire connaître les différents projets en lien avec cette zone circumpolaire.

À plusieurs reprises, les exposants ont montré leur propre carte de cette perspective peu commune du globe terrestre, le pôle Nord au centre entouré de cercles de latitude. Le sillon à l’étude comprend le nord de la Russie, l’Alaska, les territoires du Canada, le nord du Québec, le Groenland, le territoire des Sâmes et une partie de la Suède et de la Norvège. Ainsi, le mode de vie des natifs de cette région nordique, soit autochtone, se trouve au centre de ces recherches. «Nous devons accepter un certain déséquilibre par rapport à ces peuples puisqu’ils sont peu nombreux et qu’ils ont été colonisés par le passé. Ce sont eux qui doivent se définir. On ne parle jamais de pays, mais toujours de cultures», a expliqué le titulaire de la chaire de l’UQAM, Daniel Chartier.

Vivant à Whitehorse au Yukon, la peintre Jane Isakson nous a entretenus au sujet de son séjour dans l’archipel de Svalbard. Elle ne s’est pas contentée de peindre ces paysages sublimes de montagnes et de glaciers, elle a plutôt tenté de se fixer des points de repère dans l’espace pour finalement prendre conscience d’une distorsion perceptuelle. «L’énergie allait dans ce sens», exprime-t-elle par de grands gestes avec ses bras de haut en bas, afin de justifier son choix de cadre carré plutôt que panoramique. Cette expérience entrecoupe celles d’artistes visuels nordiques ou la démarche de l’artiste québécois Jean-Paul Riopelle, présentée par la commissaire d’exposition indépendante de l’Université du Québec en Outaouais, Andréanne Roy.

L’exposé du professeur associé de la University of California, Jesse Colin Jackson, suivi de celui du photographe, Guy Lavigueur, traitaient du même lieu et de ses environ: Hay River, dans les Territoires du Nord-Ouest. Si le projet du premier consistait à placer quatre caméras filmant dans quatre directions sur le toit de l’unique immeuble de la ville, le projet du second portait plutôt sur la prise de clichés du sol à bord d’un hélicoptère de l’armée. À l’écran, la juxtaposition des quatre écrans crée une «conversation visuelle», tandis que les photographies exposent les cours d’eau, les traces de glaciers et les mystérieux polygones.

La propriétaire d’Isuma Consulting, Nauja Bianco a présenté son projet de créer un modèle d’affaires en respectant les valeurs autochtones via le design de mode. Donnant l’exemple de l’appropriation par des designers parisiens des bottes d’hiver à motifs floraux colorés qu’ils ont allongées et sur lesquelles ils ont posé un talon haut, elle souligne que la transformation des kamiks traditionnels doit également respecter le «processus créatif» de cette culture.

Le rôle de la femme en Sibérie, l’agriculture chez les Cris, les paradoxes des récits de voyage en Islande au 19e siècle, l’ampleur de l’institut culturel Avataq, ainsi que les sculptures, design et architectures de neige et de glace sont des thèmes qui ont aussi été abordés.

Lettres

La pluridisciplinarité de cette chaire sur le Nord est impressionnante laissant place à des problématiques à la fois complexes et concrètes. L’enseignante de littérature au Cégep de Baie-Comeau, Eang-Nay Theam permettait aux participants de feuilleter les trois cahiers d’Alexandre Riverin (1916-1998) sur un total de vingt qu’on lui a confié. Cet Innu de Betsiamites y commente son existence dans sa langue écrite au son, l’innu-aimun. La traduction soulève un problème puisque l’opération nécessite quelqu’un qui lit les textes à haute voix, quelqu’un qui traduit de façon simultanée et d’enregistrer le tout alors que les jeunes générations s’éloignent de plus en plus de leur tradition.

Basées à Chicoutimi, les Éditions la Peuplade visent à créer des rencontres entre écrivains nordiques et québécois, ainsi que vis-à-vis du public francophone par l’édition d’œuvres littéraires contemporaines sur le Nord et la traduction de littérature étrangère dans la langue de Michel Tremblay. Cependant, cette maison d’édition tient à se situer loin de la ville et à se dégager des grandes influences comme la France, tout en redistribuant cette énergie vers les grands centres comme Montréal, ainsi qu’en diffusant vers l’Europe et le Canada.

La traduction de 25 titres de romans québécois en langue suédoise, la présentation de la deuxième plus grande maison d’édition en Islande, Benedikt, un survol du développement de la littératie au Groenland, ainsi que l’insistance mise sur l’écrivain norvégien Knut Hamsun (1859-1952) ont complété le volet littérature de la table ronde.

Malgré l’éloignement et les sept langues parlées dans la zone étudiée, Daniel Chartier a tenu à préciser que les échanges virtuels entre acteurs de l’imaginaire du Nord ne sont pas une solution.

Les rencontres en personne de vive voix sont de mise dans ce cercle.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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