Reykjavík – Journée dans les musées d’art

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René-Maxime Parent

Les compagnies aériennes Icelandair et WOW Air ont baissé leurs prix, desservent plus de destinations et offrent la possibilité de faire de longues escales au moment de transiter en Islande, ce qui attire une foule de touristes dans la capitale de 120 000 habitants. Reykjavík se transforme-t-elle en refuge pour randonneurs ou en agglomération avec divertissements? Pieuvre.ca s’est rendu au nord du 64e parallèle afin de sillonner la capitale nordique pendant 8 jours.

Au musée d’art Hafnarhús, situé dans le centre-ville à deux pas du port, un tronçon du mur extérieur est soulevé pour découvrir l’entrée principale. Le hall sombre est tapissé de plaques de fer polies. Un design dur dont quelques jets de lumière découvrent les motifs du polissage à la pression d’eau. Puis, la cour intérieure blanche s’élevant sur trois étages avec de multiples portes contraste derrière une fenêtre. « Non, ce n’était pas une prison », affirme le guide à la réception.

Auparavant, le port se situait devant le musée, c’est-à-dire que la mer recouvrait le lieu. Ensuite, le quai a gagné du terrain au point de construire cette bâtisse aux allures de prison qui se scinde en deux. La cour intérieure n’était pas fermée, les véhicules passaient par ce couloir pour s’approvisionner de la marchandise emmagasinée derrière ces multiples portes. Aujourd’hui, une rue et un quai séparent la mer de ce musée détenant une collection de l’artiste Gudmundur Erró.

Les peintures, les collages, les sculptures et les performances de cet artiste rappellent le Pop Art. À la différence d’Andy Warhol qui misait sur la répétition ou la magnification de la « canne » de soupe par exemple, la critique du consumérisme d’Erró mise davantage sur la juxtaposition et la saturation des icônes de consommation. Ce type de composition « collage » renvoie à la planéité du cadre de sorte que tous les morceaux de l’image se joignent sur une surface prise en compte.

Sans se limiter à cette étape de création déterminante, l’exposition retrace le parcours de l’artiste. Le billet d’entrée inclut la visite de deux autres musées.

Décrire la vue

À partir de l’aéroport de Keflavík, la route traverse une grande étendue qui prépare le terrain pour le cœur montagneux du territoire islandais. La façon dont cette surface est vallonnée et la manière dont cette croûte de roche a craquelée nous donnent un aperçu dès l’arrivée du bouillonnement volcanique sous terrain et de la pression du froid et des grands vents marins. Le bosselage de cette matière rocheuse autant que la déclination des couleurs sur le flanc sombre des montagnes s’adressent à notre perception visuelle, une impression difficile à expliquer verbalement.

Dépassé Hallgrímskirkja, la grande église grise qui chapeaute la ville, le musée Kjarvalsstaðir présente l’exposition du peintre Jóhannes Sveinsson Kjarval ( 1885 – 1972 ) jusqu’au 21 août. À l’instar des peintres impressionnistes se distinguant non pas par le fait de peindre par taches, mais par leur souci de traduire fidèlement la réflexion de la lumière sur les objets, cet artiste nous apprend à décomposer les paysages islandais par des coups de pinceau colorés.

Les sujets bruts de ses toiles frôlent l’abstraction. Étrangement, prendre ces peintures de rochers en photo à l’aide d’un téléphone intelligent, une résolution de basse qualité, accentue le modelé des rochers. Ainsi, l’appareil rend la composition moins abstraite. La toile Through the window témoigne de la sensibilité de l’artiste à la transparence, au reflet, voire à la lentille de caméra. Sur la toile, le reflet blanchâtre peint s’accompagne d’une figure surnaturelle dans les mêmes teintes, seconde dimension du processus créatif de l’artiste rappelant l’œuvre du peintre Marc Chagall.

L’architecture de ce musée allonge une terrasse sur le gazon du parc qui l’entoure, l’endroit idéal pour faire une pause.

Périphérie

Le sculpteur Ásmundur Sveinsson ( 1896 – 1982 ) a créé sa propre maison atelier. Après avoir demandé l’avis d’experts, il a construit un cube avec un dôme sur le dessus en s’inspirant des constructions observées lors d’un voyage en Grèce. Voulant l’agrandir, il a puisé son inspiration plus loin encore, en Égypte. Ainsi, deux pyramides bordent le foyer. Puis, il a ajouté une dernière partie à l’arrière. Une galerie en forme de demi-cercle afin que le visiteur ne voit pas toutes les œuvres dès qu’il entre dans la maison galerie.

Autour de la demeure blanche ressemblant à une excroissance du Bauhaus ou à une résidence d’un récit de science-fiction, il y a un grand jardin parsemé de sculptures de l’artiste. Certaines sont immenses et massives dont les formes rappellent le cubisme. La maison reconvertie en musée après le décès du sculpteur est également un lieu d’exposition pour les artistes contemporains. À l’entrée du musée, la vidéo de l’artiste Elín Hansdóttir – actrice du film Nói albinói ( 2003 ) – est projetée dans la pyramide de droite.

La vidéo montre des pièces rectangulaires de tailles différentes, placées dans un ordre de grandeur ascendant. À la manière de « dominos », le premier tombe sur le deuxième qui fait tomber le troisième et ainsi de suite. L’enchaînement devient exponentiel par la gradation de la grandeur des pièces qui tombent. Un autre effet s’ajoute puisque plus le mouvement « avance », plus les pièces se fractionnent.

Dans la galerie en forme de demi-cercle à l’arrière, l’artiste a recréé l’objet de la vidéo sans avoir recours à la vidéo. Les « dominos » alignés et fractionnés sur le sol suivent la courbe du mur sur lequel des images affichées marquent une séquence abstraite. Ainsi, de par l’espace courbe, les œuvres bidimensionnelles et tridimensionnelles, le visiteur est amené à expérimenter le mouvement du médium vidéographique.

« L’artiste savait qu’elle allait exposer son œuvre dans ce lieu avant de la créer », a confirmé la guide du musée.

Le musée phallologique sur le chemin permet de retrouver la témérité, au même coût que la triple visite des musées d’art. Une photographie de la fameuse palourde royale qui avait fait perdre le latin au duo d’animateurs de l’émission télévisée Des kiwis et des hommes sur les ondes de Radio-Canada figure parmi la variété de pénis.

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Photos: René-Maxime Parent / Pieuvre.ca

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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