Helena Deland et les fragments mélodiques d’un espace-temps

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L’auteure-compositrice-interprète Helena Deland se produisait vendredi soir dernier sur les planches de la Sala Rossa de Montréal. Avec la chanteuse accompagnée de ses trois musiciens, ce concert permit au public montréalais de renouer avec l’enfant chérie de l’indie-folk québécois et d’apprécier sa mystérieuse personnalité le temps d’un concert fort agréable.

Depuis cette petite étincelle dans le ciel par ailleurs serein de la scène indie montréalaise soit la naissance de son premier EP Drawing Room en 2016, l’eau aura coulé sous les ponts pour l’énigmatique Helena Deland. Avec plusieurs concerts à son actif, notamment comme première partie des Barr Brothers, ainsi qu’aux festivals Soir et Mile Ex où elle se fit remarquer, l’artiste distille les nouveautés au rythme de l’alambic d’un spiritueux fin. Ces fragments de mémoires s’apparentent à une douce introspection au sein d’un univers musical cendré.

Sa rencontre avec l’arrangeur et producteur Jesse Mac Cormack n’est pas anodine et consolide la grande beauté de ses compositions, lui conférant un son riche, grave et parfois écorché. On devine aussi la timidité de cette artiste à fleur de peau, sincèrement surprise de l’engouement qu’elle provoque auprès des mélomanes venus la voir à chacun de ses spectacles. C’est que ses vers sont autobiographiques, sincères et se réverbèrent dans l’espace comme une confidence intime avec chacun des spectateurs. Au-devant de la scène, ce sont ses yeux bleus de planisphère qui semblaient atteindre droit à l’âme de tout un chacun, un à un.

Au compte-gouttes, les singles de succèdent depuis deux ans. Si une grande quantité de chansons ont été enregistrées en studio au fil du temps, le perfectionnisme impose toutefois la lenteur. Ni albums, ni EP – appelons-les simplement des histoires – ces titres se retrouvent dernièrement rassemblés dans ces deux tomes intitulés Altogether Unaccompanied. L’un, lumineux aux teintes orangées, l’autre, bleu nocturne. Publiés sous le label Luminelle, ce petit bout de chemin place désormais Helena Deland dans la cour des grands, avec une prestation prévue au festival SXSW qui s’amorcera à la fin du mois et une série de concerts aux États-Unis avec Superorganism. Ses travaux les plus récents trouvent également leur chemin dans les médias musicaux internationaux, qui commencent à reconnaitre le talent de cette Montréalaise lettrée.

Les arrangements sont sublimes, rappelant parfois les nappes synthétiques de Boards of Canada au début de There Are a Thousand ou même encore les bidouillages sonores de Jérôme Minière. Dans la pièce Take it All, c’est une sorte de vague brouillard salin qui enveloppe le grain de voix de Deland et nous confirme, de facto, que ce talent n’est pas qu’éphémère. La progression de cette inquiétante étrangeté nocturne est remarquable.

En concert, la musicienne impressionne par l’étendue de ses capacités vocales. Du folk doux au côté plus salaud influencé par Jesse Mac Cormark (Perfect Weather For a Crime), la facture brute des compositions peut s’exprimer sur scène à sa juste valeur.

Alors que la pièce Baby – la première qui l’aura présentée au monde – progressait durant le spectacle, une sorte de frisson collectif parcourut chacun des spectateurs présents vendredi soir. Une sorte de mini éclair traversa la Sala Rosa qui s’élevait vers une autre dimension. Nous venions de vivre un passage émouvant; la naissance d’un son. Cette timide consécration prenait enfin vie pour cette brillante artiste qui aura joué plus souvent à l’extérieur que parmi nous.

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Le Bleu: une progression dédiée au rêve, là où les nappes de basse se confondent avec les songes.

Une sublime découverte nous attendait également en guise de première partie de ce concert: Le Bleu. Oscillant entre le shoegaze et la dreampop, ce collectif formé de Nicolas Basque et d’Adèle Trottier-Rivard suscite l’abstraction, devant une couleur pure, simple, rêveuse et incroyablement riche.

Ce type de performances événementielles a notamment été produit aux mardis culturels de l’Arsenal.

Groupe discret, et très peu enclin à la publicité, il n’est malheureusement pas possible d’écouter les pièces du duo qui ne publie aucun EP ni ne possède aucun site web.

On se rabattra alors sur les quelques clips « teasers » publiés sur la page Facebook du groupe, qui est résolument à surveiller durant la prochaine année.


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À propos du journaliste

Xavier Proulx

Architecte, ingénieur et photographe, Xavier Proulx est journaliste pour Pieuvre.ca depuis plusieurs années. Mélomane averti, il se spécialise dans la couverture des événements musicaux de Montréal. Pour lui, ces compte-rendus sont un prétexte pour décrire de façon onirique les impressions du spectateur.

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