Grandeur et splendeur napoléonienne à Montréal

1

Un peu plus de deux siècles après la disparition officielle du Premier Empire, le Musée des Beaux-Arts de Montréal organise Napoléon – Art et vie de cour au palais impérial, une exposition haute en couleurs permettant de s’intéresser à des aspects souvent moins connus du court règne de l’empereur Bonaparte.

Il aura fallu plusieurs années pour rassembler les quelque 400 objets formant cette exposition lancée mardi par une visite de presse. Après la disparition de l’Empire, des pièces ont en effet été dispersées au Canada, aux États-Unis, tandis que d’autres sont demeurées en France, ou ont terminé leur course dans des collections privées. Qu’à cela ne tienne, l’équipe du MBAM a travaillé d’arrache-pied pour tenter de récréer la vie quotidienne d’un monde qui n’aura duré qu’une dizaine d’années.

Sans vouloir volontairement laisser de côté la politique ou les conflits armés, deux aspects majeurs de l’ascension triomphante, puis de la chute rapide de celui que l’on appelait « l’Aigle », Art et vie de cour au palais impérial s’intéresse de plus près au nombre ahurissant de 3500 employés dont le travail consistait à organiser les banquets, assurer l’intendance des 47 demeures impériales (rien de moins!), entretenir les écuries et leurs pensionnaires, etc.

On oublie en effet bien souvent que derrière tout dirigeant se cache un appareil logistique important. Si l’ampleur de ce genre de services a habituellement diminué avec les époques – personne n’imaginerait Justin Trudeau posant pour la postérité avec un manteau d’hermine sur le dos et un sceptre à la main, bien que l’image ne soit pas trop éloignée de la réalité lorsqu’il est question du président américain -, les fondations ont perduré à travers les siècles. Et la rigueur réglementaire napoléonienne a elle aussi laissé sa marque sur l’Histoire. Parlerait-on encore de Bonaparte et de la gloire éphémère de son empire s’il n’avait pas non plus installé tout un système de gouvernance?

Voilà donc que nous déambulons entre des pièces finement ouvragées, qu’il s’agisse de meubles anciens, de sièges festonnés des plus beaux tissus, ou encore de costumes d’époque magnifiquement préservés. Et même si une bonne partie de ce qui existait à l’époque a été perdue, on se prend à rêver, voire à être submergé par tout ce faste, ce luxe ostentatoire. Devant l’un des trônes de Napoléon, nous prend soudainement l’envie fugace de s’y asseoir, de s’imaginer entouré de ces courtisans, de ces hommes d’État, de ces diplomates et dirigeants étrangers, de tenir le destin de l’Europe entre ses mains.

L’appareil protocolaire napoléonien était tel que bon nombre de responsables haut placés ont eux aussi eu droit à leur portrait officiel. Il faut dire que le régime impérial, fortement inspiré par l’Ancien Régime français et ses rois, mais aussi par le côté quasi pompeux de la Rome antique, a tout de suite compris l’importance du marketing politique. Résultat, tous ces tableaux de grands hommes et de femmes puissantes, tous ces tissus hors de prix, tous ces couverts plaqués or, tout cela s’inscrit dans une démarche de propagande aussi flagrante qu’efficace. Efficace, vraiment? Poser la question deux siècles plus tard, alors que l’exposition du Musée des Beaux-Arts de Montréal est justement consacrée à cet appareil de glorification impériale, c’est y répondre.

Et même si le musée a tenté de trop s’aventurer dans le côté historique des choses, on passera bien du temps à lire les notices biographiques et explicatives accompagnant des objets, des costumes, des tableaux. L’héritage visuel et patrimonial de l’Empire demeure impressionnant, il va sans dire.

Paradoxalement, toutefois, l’objet exposé qui semble être le plus percutant n’est pas l’un de ces portraits en pied de l’empereur, vêtu de blanc virginal pour son sacre. Ni l’un des tableaux le montrant, conquérant, sur un champ de bataille. C’est plutôt une peinture de petite taille, réalisée après la mort de Napoléon, qui le montre, plongé dans son dernier sommeil, dans ce que l’on imagine être une petite chambre sur Sainte-Hélène, lieu de son deuxième et dernier exil. Napoléon voulait tout obtenir. Et, pendant un bref moment, il a trouvé sa place au Panthéon, parmi César, Alexandre et les autres. Mais ce n’était qu’un homme comme les autres, et la réalité de son existence a eu tôt fait de le rattraper.

L’exposition est présentée jusqu’au 6 mai.


En complément:

Retrouver Leonard Cohen au MAC

Partagez

À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

Un commentaire

  1. Pingback: Un musée de la guerre et ses 110 tanks ouvre ses portes en Jordanie

Répondre