Retrouver Leonard Cohen au MAC

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À l’aide de plus de quarante artistes et de deux expositions connexes, le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) remplit sa mission de rendre un hommage pesant et suintant au poète originaire de Montréal, Leonard Cohen, du 9 novembre 2017 au 9 avril 2018. Si plusieurs aiment chanter en chœur Hallelujah, d’autres préfèrent écouter la mélodie de Hey, That’s No Way To Say Goodbye.

«Tu connais ça?», s’exclame mon collègue de travail nostalgique de sa Yougoslavie natale. Puis, il tourne le bouton de la radio pour me faire écouter une chanson plus profonde. Me donnant un «lift», au moment de contourner la montagne via l’Avenue du Parc, il me raconte que Suzanne était la muse de deux artistes montréalais de la Beat generation.

Non loin de l’atelier débordant du sculpteur Armand Vaillancourt, c’est en traversant le quartier portugais le long de la rue Saint-Laurent que j’ai aperçu du coin de l’œil les bouquets de fleurs déposées sur les marches du défunt.

En pelletant son entrée, c’est ma voisine qui m’a recommandé d’aller voir l’exposition sur Leonard Cohen. Voulant fuir l’éclat de l’hommage, dont la murale de 11 000 pieds carrés, ce poète a fini par me rattraper.

Hommage muséal

Dans un musée d’art visuel, les visiteurs s’attendent à voir exposées des œuvres bidimensionnelles ou tridimensionnelles et de s’attarder à les observer pour y deviner ou contempler le sens. Étrangement, l’ensemble des œuvres de l’exposition sur Leonard Cohen nous renvoie à la matière inerte, à la mort.

Avec son mur de débris reconstitué dans une salle du MAC du 16 février au 14 mai 2017, l’œuvre de l’artiste mexicaine Teresa Margolles à la limite de fragiliser la structure du musée par son poids rendait d’une façon plus convaincante cette inertie. Cependant, le parcours proposé de l’hommage permet de se faufiler d’une salle à l’autre et qui sait… d’apercevoir l’oiseau perché sur le fil.

Évidemment l’art contemporain va au-delà de la peinture et de la sculpture en présentant des œuvres multimédias interactives et vidéographiques. Ainsi, ce n’est pas par la vidéo d’art, mais par la vidéo que l’on retrouve la parole de Leonard Cohen. Deux installations valent le détour.

I’m Good at Love, I’m Good at Hate, It’s in Between I Freeze, 2015-2017 de l’artiste Micheal Rakowitz médite sur la crise éthique du Juif post-Holocauste en relation avec Israël, la Palestine et le Moyen-Orient en général. En fait, cette réflexion lourde en apparence prend la forme d’un voyage initiatique accompagné de confessions pertinentes de la part de l’artiste Rakowitz s’identifiant comme un Juif arabe, une appellation disparue en 1948.

L’autre dialectique campe le poète de ce côté-ci de l’Atlantique. Projetée sur trois écrans qui s’agglutinent en un seul panorama par moment, la vidéo The Offerings, 2017 de l’artiste Kara Blake présente un environnement immersif où la voix singulière de Leonard Cohen émerge d’un montage d’entrevues qu’il a accordé sur plusieurs décennies. Ici, l’auteur des Perdants magnifiques (1966) confie sa vision de l’écriture, sa perception de la sensualité, son attachement à Montréal, sa vie en tournée…

À toute règle, il y a une exception. Bien encastrée dans le circuit, la mini salle de cinéma apocalyptique Legendary Reality, 2017, de l’artiste Jon Rafman projette un film-essai de science-fiction inspiré des allusions à l’esprit et des paroles de Leonard Cohen. Il n’y manque seulement que le synthétiseur de la chanson The Future.


En complément:

Levée de boucliers contre l’installation « Bouquet of Tulips » à Paris

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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