Ces maires qui laissent leur vie pour leur ville

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Ligne rose ou équipe de baseball, le dilemme des Montréalais aux élections municipales 2017 est assez rigolo à comparer au sort des 23 maires mexicains assassinés depuis l’élection du président Enrique Peña Nieto, en 2012, rapporte El Pais le 22 octobre. N’empêche que la situation catastrophique au Mexique est un exemple des conséquences de la corruption dans laquelle ont baigné les deux précédents maires de Montréal.

Le maire de la municipalité Huitzilan dans l’État de Puebla située dans le sud-ouest du Mexique, Manuel Hernández, revenait en voiture de la ville de Zacapoaxtla. À la sortie d’une courbe, une voiture qui le suivait lui a barré la route et il a été tiré avec un R-15. Essayant de fuir, ces assassins l’ont « tiré à nouveau comme s’il était un animal », rapporte sa veuve. En tant que dirigeant politique et maire ensuite, Manuel Hernández a appuyé la construction d’un hôpital, des kilomètres de route et s’est opposé à l’aménagement d’une mine à ciel ouvert afin d’extraire l’or et l’argent.

L’incident survenu à Huitzilan est un exemple de cette violence dirigée envers les mairies du Mexique. Dans la dernière décennie, 50 maires ont été assassinés dont trois d’entre eux le mois dernier, rapporte El Pais. Le changement de présidence à la tête du Mexique n’a pas contribué à sécuriser le statut de maire. Si 23 maires ont été assassinés depuis que le président Enrique Peña Nieto est arrivé au pouvoir, la présidence de son prédécesseur, Felipe Calderón (2006-2012) a enregistré 32 assassinats.

Sans gardes du corps, sans ressources et dans un contexte de violence et d’impunité de 90%, être maire relève de l’héroïsme et ce pouvoir est en train de devenir le palier le plus faible du gouvernement. Traditionnellement, à mesure que les élections présidentielles approchent le sang coule davantage. Les prochaines sont prévues dans huit mois.

À la partie de chasse contre les maires s’ensuit la reconfiguration du crime organisé. « Avant, les grands groupes criminels se dédiaient principalement à exporter de la drogue aux États-Unis. C’était un monde de narcotrafiquants, pas de mafieux. Aujourd’hui ce sont des bandes plus petites et prédatrices. Leur capacité de générer des revenus est liée à leur capacité de commettre des actes violents », affirme l’expert en sécurité, Alejandro Hope à El Pais.

Au Mexique, 600 des 2446 municipalités n’ont pas de police locale. Le corps policier des 80% restant ne compte pas plus de 20 agents. Selon Alejandro Hope, la majorité des assassinats sont commis dans ces dernières municipalités. « Ce sont des assassinats très économiques parce qu’ils provoquent des réactions à l’échelle de l’État sans attirer d’intervention sur les lieux. Trois maires sont morts et il y a eu quelques attentats le mois dernier, mais l’État n’a pas répondu, et n’a pas de stratégie explicite pour les protéger », poursuit l’expert en sécurité.

Violence sans limites

Tenant une auberge pour migrants dans l’État d’Oaxaca situé au sud du Mexique, le prêtre Alejandro Solalinde est probablement le religieux le plus menacé de son pays. « Les curés étaient intouchables auparavant, mais la violence est devenue plus à portée de tous et les limites ont été rompues », a-t-il confié à El Pais le 31 octobre.

Depuis que l’ex-président, Felipe Calderón est arrivé au pouvoir et que la guerre contre les cartels a commencé, 25 religieux ont été tués dans ce pays de confession catholique. La tendance s’est maintenue pendant les cinq années de la présidence d’Enrique Peña Nieto puisque 24 religieux ont été assassinés et deux sont disparus, d’après le Centro Católico Multimedial.

« Les représentants de l’Église sont des personnes dérangeantes pour le crime organisé parce qu’ils dénoncent les politiciens, aident les migrants, secourent les blessés et connaissent bien les membres de leur communauté », a confié à El Pais le fondateur du Centro Católico Multimedial, Omar Sotelo.

La désintégration du tissu social au Mexique ne se mesure pas que par les assassinats de maires et de religieux, l’expansion territoriale du narcotrafic dans les zones touristiques marque également cette transgression.

Ironiquement, l’État de Basse-Californie du Sud a enregistré 35 morts en sept jours au même moment où le président du pays a décidé de financer l’agrandissement de l’aéroport de Cancún pour en faire le deuxième en importance au Mexique.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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