Battle of the Sexes: se lancer la balle sans l’assumer

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Dans la lignée du un peu trop vite oublié Hidden Figures, mais avec moins de subtilité et un accent plus imprécis sur ses valeurs et ses prises de position, Battle of the Sexes arrive à point pour satisfaire les foules et donner l’impression de débuter la saison des remises de prix en offrant un beau film toutefois en deçà des capacités de tous ceux devant et derrière la caméra.

N’en déplaise au côté opportuniste de l’événement qui camouflait un stratagème de capitalisme et de consumérisme assez prononcé, il y avait néanmoins moyen de faire du match de tennis historique entre Billie Jean King et Bobby Riggs un film fort sur le long combat et débat sur l’égalité des sexes, un peu comme tout le côté publicitaire du projet semblait le laisser croire. Toutefois, la réalité est bien autre dans ce long-métrage qui prend plus de temps à mettre la table et à situer en contexte ses pions au lieu d’approfondir avec vigueur les enjeux qui comptaient vraiment.

Pourtant, bien que leur carrière soit surtout prolifique en termes de vidéoclips, les talentueux Jonathan Dayton et Valerie Faris ne sont pas passés inaperçus en faisant le saut au grand écran avec deux excellents premiers films. Le hic, c’est que le scénario est beaucoup en cause au succès et à la réussite de leurs oeuvres. Si Zoe Kazan a su magnifier de par sa présence et celle de son copain son audacieux, lumineux et original Ruby Sparks, Little Miss Sunshine a bénéficié grandement du talent de Michael Arndt (qui a ensuite pondu le très bon Toy Story 3, en plus de collaborer notamment au mésestimé Oblivion et le splendide Inside Out). En allant cette fois chercher Simon Beaufoy, l’autre moitié à l’origine du scénario de The Hunger Games : Catching Fire, probablement le chapitre le moins pire de la franchise, on nous prouve à nouveau que celui qui a mené Danny Boyle aux Oscars n’a finalement que bien peu de talent.

Effectivement, en y repensant bien, Slumdog Millionnaire est loin d’être le succès qu’on s’était fait croire à l’époque de sa sortie, Boyle a de toute façon abandonné le scénariste après son risible 127 Hours, et disons qu’on a tous déjà oublié le passable quoiqu’amusant Salmon Fishing in the Yemen et surtout le pitoyable Everest. Ici, Beaufoy pousse le duo de réalisateurs à livrer leur mise en scène la moins subtile à ce jour en utilisant une mise en abyme métaphorique (une discussion à table filmée comme un match de tennis) et du champ gauche et champ droit pour diviser les camps adverses et les oppositions, tout en se servant du cadre de l’écran pour orienter ses positions.

On le sait qu’ils font affaire à un scénariste qui aime bien les raccourcis beaucoup plus kitsch et évidents, mais on se désole qu’il passe autant de temps à se donner l’impression de développer des dimensions psychologiques qui l’emporte davantage sur ce qui semble véritablement important dans l’événement qui nous intéresse.

Après tout, en essayant de mettre tout le monde dans un carcan (celui des féministes et celui des sexistes), on se ramasse à ne plus vraiment ressentir les enjeux nécessaires et, bien que le match en tant que tel soit le véritable point d’intérêt du film (quoiqu’il arrive un peu trop tard après tout le bla-bla qui a servi de mise en bouche), on s’attriste que le film préfère y apposer en parallèle des motivations égocentriques qui amenuisent l’impact historique de la situation.

Ainsi, Bobby Riggs est loin d’être un monstre, seulement un homme âgé qui s’ennuie et qui essaie de mettre un peu de tonus dans sa vie rangée en sautant sur toutes les opportunités qui s’offrent à lui, lui qui depuis nombre d’années est de toute façon dépendant au succès de sa femme, alors que Billie Jean King vivra en parallèle de son combat pour l’égalité, un parcours personnel pour découvrir qui elle est véritablement, découvrant ses véritables désirs qui résumeront bêtement sa possibilité de victoire en un lourd débat à savoir si elle reste avec son mari gentil et compréhensif ou si elle part avec son amante secrète plus frivole et extravertie.

Cet aspect de l’histoire, qui prend décidément trop de place, n’est pas aidé par les présences sans éclats de Andrew Riseborough, qui brillait beaucoup plus aux côtés de Naomi Watts dans Birdman or (the Unexpected Virtue of Ignorance) et le stoïque et peu nuancé Austin Stowell qui malgré ses airs aguichants, prouve constamment (qu’il ouvre la bouche ou non) à quel point il ne possède aucun talent de jeu. C’était déjà le cas dans Whiplash, mais ça s’est confirmé encore et encore avec Bridge of Spies et Colossal, notamment.

Pour ce qui est du reste de la sympathique distribution, Sarah Silverman donne tout ce qu’elle a pour se faire finalement prendre au sérieux et décrocher une nomination d’actrice de soutien quelque part, mais elle est autant nuancée que les pourtant excellents Bill Pulman et Alan Cumming prisonniers de rôles unidimensionnels. Si Elisabeth Shue rayonne dans ses courts moments d’écran, au même titre que l’inimitable Fred Armisen, on peut au moins compter sur les deux têtes d’affiche, toujours aussi excellentes, mais à la complicité palpable créant une union dans le désaccord et non une dualité, créant probablement l’ironie la plus intéressante du sujet: le véritable débat était celle du peuple, du monde, puisqu’au fond, les deux opposants marchaient dans la même direction.

Bien sûr, Steve Carrell rappelle ce qu’il a fait pour The Big Short et Emma Stone dévoile une performance d’une grande vulnérabilité, mais les deux livrent ce qu’on attend d’eux, sans nécessairement repousser leurs propres limites, comme Carrell l’a fait dans Foxcatcher ou Stone dans le même Birdman que Riseborough, voire même La La Land.

Battle of the Sexes ne risque donc pas vraiment de satisfaire les amateurs de sport comme ceci n’est qu’un prétexte à tout le reste, mais il ne parvient pas entièrement à nous convaincre, comme le faisait Moneyball, qu’il y a plus fascinant encore au-delà du sport. Au contraire, en essayant de clamer au féminisme, le film se perd et s’intéresse davantage au mouvement LGBT en se rapprochant bien plus de Milk que d’un Race ou un Eddie the Eagle, d’autres films sportifs récents cherchant également l’égalité des uns et des autres.

Voilà donc un beau film convenu, qui aurait mérité d’être recentré et mieux rythmé, qui ravira les uns, mais décevra incontestablement les autres.

6/10

Battle of the Sexes prend l’affiche en salles ce vendredi 29 septembre.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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