L’extrémisme prend racine dans les recoins de la démocratie

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L’attentat terroriste du 17 août à Barcelone était prévisible d’après les experts, alors que le racisme latent aux États-Unis explique les incidents de Charlottesville. Une remise en question de la tolérance envers les « idéologies haineuses » dans les sociétés démocratiques s’impose-t-elle?

Après Paris, Nice, Londres, Berlin et Manchester, c’était au tour de Barcelone… de s’ajouter à l’énumération morbide. « Ces images ne peuvent guère faire plus que nous inviter à prêter attention, à réfléchir, à apprendre, à examiner les rationalisations par lesquelles les pouvoirs établis justifient la souffrance massive. À qui doit-on ce que l’image montre? Qui est responsable? Est-ce excusable? Était-ce inévitable? Y a-t-il un état des choses que nous avons accepté jusqu’à présent et qu’il faille contester? », écrit Susan Sontag dans l’essai Devant la douleur des autres paru en 2003.

À Charlottesville, dans l’État de Virginie, plus de 1000 néonazis, skinheads et membres du Ku Klux Klan ont confronté, dans le cadre du retrait prévu d’une statue confédérée le 12 août, des centaines de personnes présentes pour dénoncer le racisme. Une voiture a foncé sur des contre-manifestants pacifiques, tuant une femme de 32 ans, et les deux policiers à bord d’un hélicoptère ont été tués. Plus de 200 personnes ont été arrêtées. En réponse à cet incident, l’American Civil Liberties Union (ACLU) a affirmé le 16 août que « la violence de la suprématie blanche ne relève pas de la liberté d’expression », refusant de défendre le cas devant les tribunaux, rapporte le Los Angeles Times du 17 août.

« Nous examinons chaque requête pour une aide juridique cas par cas, mais nous adoptons la position claire que le premier amendement ne protège pas les gens qui incitent ou commettent des actes violents », stipule la déclaration signée par trois représentants de Californie. « Si les adeptes de la suprématie blanche errent dans nos villes armés jusqu’aux dents avec l’intention de nuire aux gens, ils n’entreprennent pas une action protégée par la Constitution américaine » poursuit la déclaration de l’ACLU.

Le professeur d’histoire à l’Université du Nebraska à Omaha et membre de l’ACLU en faveur des groupes d’extrême-droite, Samuel Walker qualifie cette orientation d’irresponsable. « Comment le premier amendement peut être un écran de protection contre la violence? », affirme-t-il. Pendant des décennies, l’ACLU a défendu la liberté d’expression de groupes d’extrême-droite comme les néonazis et le Ku Klux Klan selon le principe que si les droits de ces groupes ne sont pas respectés, le gouvernement va tenter de restreindre la liberté d’expression des autres groupes de la même façon.

En Allemagne, l’hebdomadaire Junge Freiheit (jeune liberté) suit les moindres faits et gestes et les vifs débats internes du parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne tenant un discours anti-immigration, anti-euro, antiféministe et ultralibéral, rapporte le Monde diplomatique de juillet. « Il y a un excès de gauche dans les médias », affirme le rédacteur en chef, Dieter Stein présentant son journal comme étant garant du pluralisme face au reste de la presse qu’il suppose uniforme sur les questions de société.

Analyses politiques truffés de références, section culture mettant en valeur les civilisations disparues et les guerres, chroniques cinéma et art de vivre, le journal figure à la Bibliothèque du conservatisme à Berlin. Là, où on donne des conférences sur « la chaleur sociale du capitalisme, la froideur sociale de l’État-providence ».

Souvent, les groupes d’extrême-droite sont reconnaissables de par leur identification à des symboles plus ou moins proscrits, dont la croix gammée. La chroniqueuse Nanna Árnadóttir a dénoncé l’appropriation des symboles sacrés des cultures nordiques par les néonazis sur le site du webzine Reykjavik Grapevine le 29 juillet.

Refuge

En Catalogne, il y a eu 30 opérations contre des commandos djihadistes depuis 2012, dont la détention de 62 suspects, rapporte La Vanguardia, le 18 août. La région a été le plus important refuge d’Espagne pour les gens de religion musulmane, acceptant des réfugiés issus de vagues migratoires depuis 2007. Ce bassin de fidèles à l’Islam parlant l’arabe est devenu un terreau fertile pour les groupes internationaux radicaux, comme les salafistes. Cette frange rigoriste détiendrait une cinquantaine de centres de culte en Catalogne, la moitié de la concentration en Espagne.

À Barcelone, les autorités policières ont démantelé des cellules servant de pont pour aller combattre en Afghanistan et en Irak. Des phénomènes similaires se sont produits dans d’autres agglomérations catalanes pendant l’avènement de l’État islamique en 2014. Il y a également eu du recrutement à distance via internet débusqué dans cette région. Ainsi, le processus d’intégration devient crucial pour la sécurité de la région transformant le taux de chômage en baromètre « de la terreur ».

Avant que survienne l’attaque au véhicule-bélier du 17 août faisant 13 morts et 100 blessés, plusieurs Catalans manifestaient contre le tourisme de masse. Le groupe Arran (à la racine) a organisé un « commando » anti-tourisme en interceptant un autobus, rapporte le quotidien mexicain La Jornada le 1er août. Sous leurs capuchons, les activistes ont expulsé les passagers afin de peindre des consignes dans les fenêtres.

Le groupe Arran affirme que les résidents des villes touristiques souffrent quotidiennement d’une invasion et que leur organisation lutte contre ces « politiques néolibérales » qui bénéficient seulement à quelques privilégiés au moment où les habitants souffrent d’expulsion sans rien recevoir en échange. Il s’agit d’une réponse radicale à une forme de gentrification, problème répandu en Occident.

Pour reprendre la nuance de l’ACLU, le groupe Arran, les salafistes et les groupes néonazis se distinguent par le degré de violence employée, cela dépend des moyens dont ils disposent. La complexité des réseaux criminels altérés par la vente d’armement dans les zones conflictuelles et les politiques néolibérales qui creusent les inégalités socio-économiques relèvent des gouvernements occidentaux. 

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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