La sous-classe qui supporte l’économie américaine

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René-Maxime Parent

Les manifestations « A Day Without Immigrants » du 16 février amènent à se questionner sur la solidarité des employeurs: sont-ils en faveur de la prospérité nationale ou pour une main d’œuvre malléable? Le chroniqueur de la plateforme web des experts en sécurité The Cipher Brief, Walter Pincus décrit le désordre du système d’immigration américain dans le New York Review of Books le 1er mars 2017.

De biais au Chicago History Museum, le restaurant Elly’s Pancake House sert des déjeuners et des hamburgers 24 h / 24. Après que des employés latino-américains aient desservi et remonté la table, c’est une serveuse caucasienne qui vient prendre la commande. Pour les 677 000 résidents d’origine mexicaine que compte la ville de Chicago d’après un sondage mené de 2008 à 2012 par The Atlantic publié en 2014, sur une population de 2 721 000 habitants en 2015 d’après le United States Census Bureau, le poste subalterne de « bus boy » dans un restaurant est une possibilité d’emploi.

En réaction aux politiques du président Donald Trump estimant à 12 millions le nombre d’immigrants illégaux aux États-Unis, ainsi qu’au projet de construction d’un mur à la frontière avec le Mexique sous le motif d’arrêter une invasion terroriste potentielle, des activistes ont pris la rue le 16 février. Lancée sur les médias sociaux, la manifestation « A Day Without Immigrants » a invité tous les Américains nés à l’étranger, sans tenir compte de leur statut légal, à ne pas aller travailler ou à ne pas magasiner afin de démontrer l’ampleur de leur contribution à l’économie américaine.

Après avoir attisé la colère des Américains, le président Donald Trump a mis sa hargne de côté lors de son discours devant le Congrès le 28 février. « Je crois qu’une réforme vraie et positive de l’immigration est possible, tant que l’accent est mis sur les objectifs visés: améliorer les emplois et les salaires des Américains, renforcer la sécurité nationale et rétablir le respect pour nos lois », a-t-il affirmé.

Si compromis il y a, par rapport au radicalisme auquel il a habitué les citoyens depuis qu’il siège à la Maison-Blanche, le président va devoir faire face à autre chose que des juges fédéraux, des hommes d’affaires et des groupes de défense des droits civiques.

Waterloo du président

Le nouveau président va se retrouver devant le problème d’un système d’immigration défaillant au niveau de ses lois et des tribunaux. Pour le chroniqueur de The Cipher Brief, Walter Pincus, il est urgent que le Congrès intervienne avant que l’incompétence en la matière aggrave la situation actuelle. Responsables de 1500 cas en moyenne, disposants d’une équipe minimale et devants décider du sort de 85 % des immigrants détenus qui se présentent à la Cour sans aide juridique, les juges d’immigration sont épuisés. De plus, les cas en retard se chiffrent à 542 000 ce qui reporte le poids du système judiciaire d’année en année.

D’une part, l’administration Trump tente de mettre des politiques en place qui reposent sur un système défaillant et d’autre part, le nouveau plan mis de l’avant par le secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly ajoute à la confusion par le « déploiement des juges et des agents d’immigration pour interroger et juger les réclamations revendiquées par les nouveaux arrivants » et l’« établissement d’un processus approprié et de conditions de détention », explique le chroniqueur Pincus. Le secrétaire Kelly veut également engager 5000 militaires du Corps des Marines en tant que garde à la frontière avec le Mexique.

Auparavant, lors d’embauches massives, les gardes frontaliers se sont retrouvés avec dans leurs rangs des individus au casier judiciaire douteux et avec des membres de cartels de drogues, avise le chroniqueur Pincus.

Droite ou extrême-droite

Après une décennie d’altermondialisme où l’enjeu consistait dans l’endettement des pays dont les gouvernements n’avaient d’autres choix que de privatiser les infrastructures publiques pour assainir leurs finances, la crise financière de 2008 due à une spéculation démesurée et la crise des migrants qui ne s’est pas terminée par une remise en question de la diplomatie internationale, mais par un dilemme sur l’acceptation ou non des migrants sur son territoire. À la suite de cette série d’événements, les États-Unis se trouvent tiraillés entre la droite en faveur d’une « sous-classe de travailleurs immigrants » et l’extrême droite qui cherche à redonner le travail aux membres de la « classe dominante ».

Le président Donald Trump de même que les groupes d’extrême droite en Occident prennent du pouvoir dans un contexte où les tentatives de restaurer le régime néolibéral et financiarisé des années 1980-2008 par le biais de politiques monétaires extraordinaires ont échoué, alors que les risques d’une nouvelle conflagration financière s’accumulent, décrit le maître de conférences en économie à l’université Paris-XIII, Cédric Durand dans le Monde diplomatique de février. Le camp de l’émancipation affronte désormais deux adversaires: les tenants du fondamentalisme de marché et ceux d’un autoritarisme nationaliste, prêt à remettre en question l’austérité et le libre-échange, poursuit-il.

Au Canada, la somme de l’argent qui a échappé au fisc pour l’année 2014 est estimée à 8 milliards $, d’après Radio-Canada. Récupérer l’argent de l’évasion fiscale ne permettrait-elle pas d’enrayer la précarité causée par les politiques d’austérité, de financer l’intégration des nouveaux arrivants et de rembourser la dette nationale?

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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