Wind River: deux têtes valent habituellement mieux qu’une

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Taylor Sheridan est un excellent scénariste qui a probablement tout compris de l’importance de l’ambiance et de l’atmosphère dans ses histoires. En s’appropriant le rôle de réalisateur pour la première fois face à l’un de ses scénarios, il oublie malheureusement le rôle clé du récit qui se fait envelopper dans ses propres manivelles au détriment du spectateur qui en ressort beaucoup moins soufflé que par le passé.

Un cowboy, un vrai. Un touche-à-tout également. Voilà ce qu’est Taylor Sheridan. Après des petits rôles ici et là en tant qu’acteur et une première réalisation infructueuse pour un récit qui ne lui appartenait pas, voilà que ce Texan s’est recyclé en scénariste pour donner lieu à deux longs-métrages d’exception: Sicario, entre les mains de notre cher Denis Villeneuve, et Hell or High Water, sous la gouverne de David Mackenzie.

L’affiche du film

Fort d’une confidence que n’importe qui aurait eu face à des films qui ont été aussi bien accueillis, voilà que l’auteur a voulu redevenir réalisateur. Toutefois, bien qu’il se soit épaulé d’une équipe particulièrement solide derrière la caméra, rendant la technique plutôt impeccable, cela lui a également donné la chance de s’éparpiller et de laisser ses faiblesses autrefois présentes, prendre plus d’ampleur. Que ce soit les fils blancs de ses scénarios, tout comme le sentimentalisme trop prononcé ou pas toujours cohérent avec ses personnages, le rythme en prend aussi pour son rhume alors que la construction plus ou moins ambitieuse du récit donne l’impression de s’étendre pour au moins le double de sa véritable durée, ce qui n’est jamais bon signe.

Il y aussi l’importance de la distribution qui pèse pour beaucoup dans les problèmes de l’équation. Bien sûr, Jeremy Renner et Elizabeth Olsen n’ont pas du tout le talent des nombreux Emily Blunt, Benicio Del Toro, Ben Foster et Jeff Bridges, notamment, mais ils ne cadrent pas non plus dans les rôles qu’on leur attribue. Encore moins en devant s’approprier la tête d’un suspense dramatique aussi grave et tendu.

Certes, les deux s’entendent bien en trouvant une chimie inattendue dans des rôles de novices, de mésadaptés ou de naïveté pure, mais dur de voir ce Renner cadrer dans ces réalités autochtones et cette Olsen (qui est pourtant la plus talentueuse des trois sœurs), dans ce rôle d’agente du FBI qui se ramasse face à une énigme au-delà de ses propres capacités.

Renouant avec une brutalité dont seul Sheridan a le secret, certains moments nous rivent carrément sur notre siège et il sait définitivement comment nous placer au cœur de l’action là où l’on ne s’y attend pas nécessairement. Par contre, son incursion chez les premières nations paraît beaucoup plus forcée que ses réflexions dans son précédent scénario et encore moins adéquate que lorsqu’il s’intéressait aux Mexicains. De fait, on se rapproche de Frozen River, mais avec beaucoup moins de doigté.

Bien sûr, les visuels de Ben Richardson valent le détour, lui qui est bien ancré dans les productions plus indépendantes de celles de Joe Swanberg à l’essentiel Beasts for the Southern Wild, alors que le montage de Gary Roach, collaborateur de Clint Eastwood et sur le Prisonners de Denis Villeneuve, a plus ou moins de panache, mais même les compositeurs Nick Cave (qui murmurent des tristesses pour la première fois) et Warren Ellis, se montrent moins inspirés qu’à l’habitude, dans cette nouvelle collaboration qui sonnent davantage forcée qu’à l’habitude. Leur travail sur le film de Mackenzie était après tout admirable, juste un peu en deçà de l’inimitable et dantesque trame sonore pour The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford.

On revient alors sur les thèmes de prédilections de Sheridan. De la famille brisée aux problèmes outre-frontière, en passant par les difficultés policières et des différentes autorités d’état, tout ici a la griffe de l’auteur. Dommage alors qu’au-delà de la vengeance qui finit par planer, le mélodrame l’emporte, tout comme le désir de donner une voix aux injustices et aux inégalités de ce monde, pendant que tous ces éléments s’imbriquent difficilement ensemble. Surtout en plus lorsqu’on laisse tout le mystère se dévoiler instantanément d’une traite en ramenant encore Jon Berthal à l’avant-plan, décidément pas l’élément qu’on avait le plus apprécié de Sicario.

Wind River est donc un long-métrage valable. Un effort qui se maintient bien vis-à-vis de très nombreuses autres propositions du genre, mais certainement pas avec la même qualité que ce à quoi Taylor Sheridan nous a habitués lorsqu’il accepte, à l’instar de ses protagonistes ici présents, de partager ses idées avec une autre tête dirigeante, prête à le mener vers des décisions qui ne font que l’élever vers un meilleur résultat.

6/10

Wind River prend l’affiche ce vendredi 18 août.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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