The Big Sick: à s’enrober le coeur de douceur

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Judd Apatow nous revient avec ce qui pourrait bien être sa production la plus délicate et sincère à ce jour, The Big Sick, permettant au brillant Kumail Nanjiani (dans son propre rôle, ou presque) d’enfin briller à la pleine hauteur de son talent. Se dévoile rapidement une comédie romantique au penchant dramatique aussi poignant qu’irrésistible.

Il aura fallu un temps avant de pleinement assimiler la vision de Judd Apatow et plusieurs décennies plus tard, il faut avouer que l’homme ne manque pas de culot ni d’audace. S’il a d’une certaine façon revampé l’amitié au masculin au cinéma, il a également permis de propulser des carrières de façon plutôt spectaculaire, tout comme de ne jamais délaisser la place des femmes qu’il s’est amusé à dépeindre sous toutes les coutures.

Ainsi, deux ans après le trop vite oublié et pourtant excellent Trainwreck où il a donné l’occasion à l’indomptable Amy Schumer de jouer la protagoniste de son premier scénario, il offre ici à Kumail Nanjiani (contraint à jouer les petits rôles ou les seconds rôles de personnages absurdes et indiens au petit et au grand écran depuis dix ans déjà) de tenir la tête d’affiche dans un film coécrit avec sa femme, Emily V. Gordon, racontant les tumultueuses péripéties qui ont menées à les unir à jamais.

Cette fois, moins de place à l’absurde et l’improvisation et beaucoup plus à une authenticité que Apatow n’a jamais reniée, mais n’a peut-être également jamais autant atteint, tombant dans une œuvre beaucoup plus autobiographique que ce qu’il a l’habitude d’offrir. Bien sûr, comme il ne s’est pas confié la réalisation, on doit admettre que la mise en scène est un peu trop générique, le talent de Michael Showalter étant un peu limité à livrer les commandes sans les transcender, comme son récent mignon, mais anodin Hello, My Name is Doris nous l’avait démontré.

Toutefois, face à une forte distribution (comme c’est généralement le cas), il se voit capable de pousser ses comédiens au maximum de leurs forces ce, dans tous les rôles. Ainsi, si Bo Burnham et Aidy Bryant font immédiatement sourire, la chimie entre Kumail et la pétillante Zoe Kazan est indéniable. Sans atteindre le niveau de complicité avec son copain de ville dans le remarquable Ruby Sparks, Kazan interprète la douceur et l’insécurité avec brio. Et dans le rôle des parents respectifs, quoiqu’un peu plus effacés, on salue allègrement le travail de Anupam Kher et Shenaz Treasury, alors que Holly Hunter et Ray Romano frôlent considérablement le génie.

Bien sûr, même si le film est constamment hilarant et par moment touchant au point de mouiller nos petits yeux, certains détours ne sont pas toujours convaincants et certaines situations prévisibles semblent inévitables. Après tout, la production dépasse le deux heures et ne se donne pas pour mandat de révolutionner le film romantique. Pourtant, un peu à la manière de The Five-Year Engagement, une autre production de Apatow, il s’amuse avec le genre pour passer d’autres messages, en plus de prendre le temps de pleinement développer ses personnages et ses situations pour bien les faire respirer.

Cette approche méticuleuse et risquée, toujours épaulée musicalement par le fidèle complice Michael Andrews, est franchement bien dosée ici, ne précipitant que très rarement les événements et permettant aussi de toucher droit au cœur comme peu de comédies romantiques y arrivent. Bien sûr, il y a aussi toute la question d’identité culturelle qu’on ne renie pas, Kumail s’inspirant ardemment de sa propre réalité en tant qu’immigrant pakistanais, mais c’est surtout sa façon d’aborder cet amour typique du 21e siècle, dans toute son impulsivité et son caractère imprévisible et imparfait que le scénario limpide du film s’assure de se diriger constamment sur le chemin du succès.

Oui, on aborde aussi la carrière difficile d’humoriste et, si Apatow n’a ironiquement toujours pas trouvé comment le faire avec brio (on n’est jamais trop loin de Funny People alors que Mike Birbiglia l’a réussi avec génie à l’aide de seulement deux films, soit les trop peu connus Sleepwalk With Me et surtout le grandiose Don’t Think Twice), mais on n’en fait jamais vraiment une priorité, ni heureusement un dilemme (l’éternel « la carrière ou l’amour », façon La La land). En extra, on y dépeint aussi le « festival d’humour de Montréal » comme étant le Saint-Graal de tous humoristes apparemment, permettant, si l’on s’y fait accepter, d’avoir une carrière assurée par la suite (!).

Enfin, The Big Sick jongle avec beaucoup de situations, mais le fait avec beaucoup de talent et ce, aidé par beaucoup de talent. De plus, il est constamment rempli de charme et permet sans mal de nous aider à aimer davantage ce qu’on aimait déjà, ce, en plus de redonner toutes les lettres de noblesse au film romantique qu’on ridiculise probablement trop souvent pour sa vision habituellement trop fantaisiste et optimiste. En se donnant la permission d’opter pour un réalisme beaucoup plus accessible et post-moderne, en ne négligeant pas d’arranger de nombreux détails avec le gars des vues, voici tout de même sans contredit l’un des films les plus adorables de l’année.

8/10

The Big Sick prend l’affiche en salles ce vendredi 7 juillet.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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