Pirates of the Caribbean – Dead Men Tell No Tales: fuyons le sabotage

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Peut-être parce que c’est le gagne-pain de Johnny Depp qui a déclaré faillite, mais la franchise des Pirates of the Caribbean semble en être une qui, même si on la conclut convenablement, finira toujours pas trouver une façon d’être ramenée à la surface, que le public le demande… ou non.

Si les spectateurs seront certainement au rendez-vous pour ce cinquième volet, on trouve ici une production luxueuse qui ne justifie toutefois que bien peu sa concrète pertinence.

Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou non, la franchise des Pirates of the Caribbean est d’abord et avant tout la trilogie première (les meilleurs opus), mais également le fruit de la créativité plutôt visionnaire de Gore Verbinski. Bien sûr, c’est aussi probablement l’adaptation cinématographique d’un manège la plus surprenante qui ne verra jamais le jour, mais c’est surtout dans l’imaginaire du 7e art ce qui risque de marquer le mot « pirate » pour longtemps, si ce n’est pour toujours.

Si la création d’un quatrième film nous est encore amère au fond de la gorge (qui se souvient vraiment de ce qui s’y passait pour ceux qui ne l’ont pas dormi?), on suppose que de revenir à la charge après tant de temps (six ans ce sont quand même écoulées depuis), est d’abord et avant tout pour apporter une certaine rédemption à la franchise. Disney a donc fait le pari risqué de confier cette mégaproduction aux cinéastes norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg qui mis à part leur surprenant Kon-Tiki, n’ont que bien peu à leur feuille de route pour justifier leur présence (Bandidas, vraiment?).

Rassurons tout de suite tout le monde. Si le film est loin d’évoquer la fraîcheur et la folie de la trilogie originale, il est bien meilleur que son prédécesseur, ce qui est déjà cela de pris. Surtout en considérant qu’on veut relancer une nouvelle série et que le scénario était à demi confié à Jeff Nathanson, capable du pire (Rush Hour 3, Tower Heist) comme du meilleur (Catch Me If You Can).

Mieux, si l’on oublie leur inévitable manie à favoriser l’inceste et les liens familiaux forcés, on apprécie d’avoir conçu ce nouvel épisode selon la formule des films de la série, plutôt que tous les films à la sauce Disney.

Certes, l’histoire est assez simpliste au bout du compte, comme on a voulu se concentrer sur certains points bien précis, et on réalise que les histoires inutilement complexes de la veille étaient peut-être plus favorables puisque le temps passait ainsi bien vite. Ici, même si le film ne dure que deux heures (le plus court de la franchise), il paraît presque aussi long puisqu’on a le temps de regretter son manque d’ambitions qui n’a décidément que bien peu d’idées de grandeur dans ce qu’il nous amène comme situations et comme scènes, n’en déplaise à des effets spéciaux plutôt bien réussis.

Il y a aussi la scène d’introduction de Jack Sparrow qui est aussi prévisible que peu mémorable, malgré la décoiffante scène suivante qui semble titiller les Fast and Furious d’amusante façon. Le fait est que mis à part le toujours excellent et trop rare Geoffrey Rush, et plusieurs cameos qui font plaisir, c’est surtout les jeunes venus qui captent l’attention. Kaya Scodelario a tout ce qu’il faut de présence pour interpréter la femme forte qu’on aime bien utiliser dans toutes les superproductions récentes, alors que Brenton Thwaites (bien plus talentueux qu’Orlando Bloom; il joue après tout le fils de son personnage) n’arrête plus de nous prouver son immense charisme de production en production. Pour le reste, on s’en tient à des petits cameos (puisque non, bien qu’on nous ramène les Swann et les Turner, c’est loin d’être tous les personnages appréciés de la franchise qui reviennent), alors que la présence de Paul McCartney est risiblement courte et inutile (autre que d’attirer des gens), et celle de Javier Bardem auréolé d’un accent forcé, est vite oubliable, loin derrière ce qu’on lui avait permis d’atteindre dans le désormais mythique Skyfall des James Bond.

Et, avec surprise, on réalise une certaine lassitude quant à Jack Sparrow qui bien qu’il ne semble que bien peu changé, s’avère plus agaçant qu’amusant face à un Johnny Depp qui semble avoir épuisé l’éponge à force de faire toutes ses simagrées. Comme quoi, il serait mal vu de revoir les volets précédents puisqu’on y réaliserait davantage la régression de jeu de l’acteur qui rejoue les mêmes rengaines plutôt que de repousser ses propres limites.

Ainsi, ce nouveau volet est amusant. Il y a des petits moments de génie (dont un impliquant une guillotine) et une belle continuité d’explorations des légendes de la mer (le trident de Poséidon, ah!), mais il y a aussi bien des questionnements involontaires (des requins fantômes géants, vraiment?) et si peu pour réellement nous surprendre ou nous satisfaire, surtout quand on saupoudre le tout d’émotions forcées et d’une risible scène dans un champ. De plus, la scène cachée de coutume est à n’y rien comprendre, ce qui ne dit rien de bon dans l’avenir.

À cela, on doit admettre que bien que cela nous fait plaisir, la quasi-abstraction des principales péripéties du film précédent, sauf en mention et en faits concrets comme le bateau dans la bouteille ou la jambe de bois de Barbossa, ajoute un point d’interrogation supplémentaire, surtout que Penelope Cruz et son personnage nous intriguaient à la fin du générique précédent. D’autant plus que ce son copain de la ville se retrouvait dans ce film-ci.

Enfin, si on le prend pour ce qu’il est, ce nouveau Pirates of the Caribbean est une belle superproduction d’été parfaite pour s’évader et se distraire. Sauf que mis en comparaison avec ceux qui l’ont précédé, il est la preuve évidente qu’on est en train d’inutilement étirer la sauce, à défaut de pardonner le volet précédent qu’on essaie encore de se remémorer puisqu’on l’a si vite oublié. Au moins, ce cinquième film a bien un ou deux moments qui nous amusent encore quand on y repense.

6/10

Pirates of the Caribbean: Dead Men Tell No Tales prend l’affiche en salles ce vendredi mai 2017.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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