Colossal : à hauteur d’égo

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Annoncé comme un vent de fraîcheur dans le cinéma de genre, l’intrigant Colossal met effectivement beaucoup de coups de vent en scène, mais pour finalement bien peu de remous dans les terrains qu’il ose bien titiller.

Ce qui devait être une savoureuse lettre d’amour aux films de monstres japonais est finalement victime de ses propres surprises qui s’avèrent finalement des obstacles de premier ordre à l’appréciation décroissante de la proposition. D’abord vu comme une véritable fantaisie (le personnage d’Anne Hathaway, Gloria, a de façon inexplicable le pouvoir de contrôler un monstre de type Godzilla), le film tourne rapidement en rond du haut de ses trop longues 110 minutes.

Dès lors, avec une telle durée, Colossal ne peut déjà plus s’en tenir à être une simple comédie et tombe rapidement dans ses airs de comédie dramatique existentielle qui pousse toute une réflexion sur la remise en question de soi-même, tout comme de son passé et de son avenir. Typiquement indie dans l’âme, cette production au budget limité est l’inverse de ce qu’on peut attendre tout en demeurant foncièrement prévisible dans ses avenues qu’on espère qu’il n’empruntera pas.

Au contraire, il ose tomber dans des sentiers plus risibles qu’on s’y attendrait et la présence habituellement rassurante de Jason Sudeikis ne peut rien y changer dans ce contre-emploi ridicule qui n’a rien à envier à sa performance beaucoup plus réussie dans le mésestimé Race.

Colossal est donc l’inverse du délirant Pacific Rim de Guillermo Del Toro, qui n’annonçait rien de prometteur, mais qui au final s’avérait l’une des folies les plus amusantes et satisfaisantes depuis belle lurette à Hollywood. Il pique la curiosité, mais n’a décidément pas ce qu’il faut pour nous tenir intéressé jusqu’à sa conclusion et ses nombreuses révélations et explications franchement poussives. Au pire, il est presque insultant qu’un tel long-métrage s’approprie aussi ouvertement un genre sans trouver le moindre moyen de véritablement s’amuser avec, de le pasticher, de le référencer, de le contourner de quelques manières qui soit.

Tout l’inverse du brillant Spring qui contournait le film de monstre pour en faire une romance déchirante à la Linklater pour développer la métaphore de l’amour dans ce qu’elle a de plus monstrueux et imprévisible. Au contraire, le Colossal de Nacho Vigalondo (qui ne semble jamais en mesure de mettre à terme ses excellentes idées, comme son Open Windows en faisait la preuve), a des idées de grandeur, mais pas le budget nécessaire pour les amplifier, et se cache alors dans sa psychologie à deux sous et ses moments mélodramatiques qui sonnent faux (il y a de terribles ralentis dans tout cela). Reste alors une technique qui a bien une certaine élégance et une trame sonore qui fait sourire.

Sauf que tout cela est bien trop insuffisant pour justifier un aussi long film pavé de bonnes intentions, mais pas assez fignolé pour entièrement convaincre. C’est dommage alors qu’à l’image de ses protagonistes, Colossal s’avère tellement centré sur lui-même qu’il en oublie son public, finalement plutôt ennuyé par le revirement d’une situation qui aurait dû être tout sauf aussi anodine.

5/10

Colossal prend l’affiche en salles ce vendredi 21 avril.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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