The Bones of the Past, un livre qui a de l’avenir

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La demande est tombée par courriel: voulait-on, chez Pieuvre.ca, critiquer un livre de fantasy se déroulant dans un monde peuplé de démons, de créatures mystérieuses et de pouvoirs magiques? N’écoutant que notre courage (et notre coeur d’adolescent), nous avons plongé dans The Bones of the Past, de Craig A. Munro.

Le fantastique est un genre littéraire particulièrement traître. À l’instar de la science-fiction – domaine auquel il est d’ailleurs bien souvent jumelé en librairie et dans les bibliothèques -, on en compte tant de déclinaisons produites en vitesse pour profiter de la manne associée à des films, des jeux ou d’autres livres récemment lancés qu’on y erre sur la pointe des pieds comme dans un champ de mines. À trop vouloir imiter ce qui fonctionne, on se fait taxer de copie, souvent bien pâle par ailleurs. Et à trop vouloir innover, on risque de faire perdre ses repères aux lecteurs. Et encore faut-il innover correctement! Inventer des animaux étranges ou multiplier les noms comportant quantités de voyelles et de consonnes placées dans n’importe quel ordre est facile, bâclé et habituellement risible.

Voilà donc Craig A. Munro et le premier tome d’une saga intitulée The Books of Dust and Bone. Comme si la barre n’était pas déjà placée suffisamment haute, voilà que le communiqué de presse assure que les amateurs de Game of Thrones y trouveront leur compte. Vaste commande!

Dans un monde peuplé de créatures et de races toutes plus étranges et mystérieuses que les autres, des nations humaines s’affrontent à coups de créations magiques et de sorts parfois drôlement risqués. Il y a également l’histoire de cette jeune fille ayant fusionné avec une démone, et qui se retrouve à massacrer la lie de l’humanité pour en tirer les délicieuses âmes. Ou encore ce sorcier maléfique qui manipule allègrement la chair humaine pour gagner en pouvoir et en influence. N’oublions pas non plus cet ancien marin devenu membre de la garde d’élite de la plus grande ville humaine du continent, ni cette ville entière disparue pendant 1000 ans et dont le retour provoque une invasion et une remise en question fondamentale d’un mode de fonctionnement basé sur une fausse divinité.

Cette multiplication des scénarios et des personnages « principaux » vient d’ailleurs souligner l’un des principaux problèmes des Bones of the Past: il n’y a rien de mal à mettre en scène de nombreux, voire de très nombreux acteurs, mais il est éventuellement nécessaire de donner à tout ce beau monde une quête centrale, une méta-structure scénaristique qui unira tous et chacun en bout de piste.

Pourtant, même à la fin des 400 quelque pages de ce premier tome de la saga, nos personnages fonctionnent encore en vase clos, même en s’étant brièvement croisés à quelques occasions. Les histoires individuelles des personnages sont intéressantes, certes, mais l’oeuvre gagnerait à être légèrement plus concise en ce sens.

Cette première pierre d’achoppement est suivie de très près par une impression d’errance, de ne pas savoir où se déroule l’action. Établissons une comparaison avec Game of Thrones, puisque le communiqué nous y invite gaiement: normalement, chaque scène est située dans un endroit physique dont l’auteur fait la description. Il n’est pas nécessaire de s’étendre en long et en large, mais avec les cartes incluses en début de chaque volume (et au début de chaque épisode de la série télévisée), difficile de se perdre! Il n’y a rien là de quoi tuer le plaisir de la lecture des Bones of the Past, mais il faut espérer que les indications soient un peu plus claires dans le prochain tome.

Fondamentalement, toutefois, la création de Craig A. Munro est solide. On retrouve, oui, quelques idées empruntées à d’autres, mais ces autres n’ont bien souvent rien inventé eux-mêmes non plus. Autrement, le monde créé sous nos yeux ressemble au fantastique capharnaüm des livres de China Miéville, particulièrement Perdido Street Station. Soldats, démons, sorciers, races anciennes, armes magiques, quartiers mal famés, bêtes fantastiques… tout se télescope avec joie, et on en veut toujours plus. Le pari était risqué, mais Munro le relève avec brio, et produit un roman de genre qui plaira certainement aux amateurs.

The Bones of the Past doit atterrir chez les libraires à la fin du mois de mai.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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