Beauty and the Beast: c’est l’horreur

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Jim Chartrand

Lorsque la nostalgie l’emporte sur le produit, cela peut aisément biaiser l’appréciation de quelque chose. Sauf que lorsque la création en question est aussi bâclée et horripilante, il est franchement difficile d’y trouver son compte et, disons-le rapidement, cette relecture de Beauty and the Beast est insupportable dès ses premières secondes.

Le cinéaste Bill Condon est capable du pire comme du meilleur (on lui doit après tout le fort réussi Kinsey, mais également le dernier volet de la saga Twilight dont la première partie était tout de même assez hilarante malgré elle), mais s’il n’a définitivement pas la même aisance d’approche pour donner de l’élégance au classicisme comme un certain Kenneth Branagh par exemple, on ne pensait pas dire ça, mais il n’a définitivement pas plus ce qu’il faut pour se montrer aussi visionnaire que Jon Favreau. Ainsi, si tout le monde a envie de redonner vie aux contes les plus ancrés dans l’imaginaire de notre enfance, Disney a finalement jeté l’éponge sur les adaptations plus libres et a désormais décidé de recréer ses classiques pratiquement plan par plan, mais en « vrai ».

Certes, comme plus de 50% des créations sont faites en images de synthèse, il y aura sans mal beaucoup de matière à débattre sur la véritable notion du « réel », mais nous ne sommes pas ici pour cela. Et si l’idée a sûrement quelque part du bon, disons que depuis plusieurs années, on a davantage l’impression de voir tous nos souvenirs les plus précieux se faire souiller peu à peu, donnant des films sans saveur pour les nouvelles générations qui pourraient de façon inquiétante enlever tout le mérite à ce que Walt Disney a bâti lorsqu’il était encore de ce monde.

Bien sûr, Sam Raimi et Tim Burton ont bien tenté en vain d’offrir quelque chose de plus ou moins audacieux avec Oz the Great and Powerful et Alice in Wonderland, respectivement, mais les ambitions ont décidément changé de cap pour donner place à une désillusion qui fait bien plus office d’entêtement. C’est donc avec entrain que Condon renoue finalement avec la comédie musicale, une décennie après son excellent et un peu tristement oublié Dreamgirls, pour transformer un classique d’à peine une heure et demie en une interminable romance chantée de deux heures.

C’est peu dire, mais on aura tour à tour l’impression de tout reconnaître et de ne pas reconnaître à la fois alors que visuellement on épousera ce qu’on se souvient de l’histoire (et la précision des détails sera par moment pas mal époustouflante), alors que d’autres tentatives d’actualiser les choses feront d’ordre général pas mal défaut (que ce soit le nouveau design des objets enchantés ou encore cette piètre excuse pour un discours féministe moderne. Pire, dans un pur esprit de comédie musicale, on triplera le nombre de chansons et de moments chantés et, on forcera Alan Menken à retravailler ses pièces pour soit les allonger (histoire d’ajouter ce qu’on avait cru bon couper il y a vingt-cinq ans), et aussi pour écrire de nouveaux morceaux, ajoutant son lot de nouveaux moments dont on aurait pu se passer. De quoi s’ennuyer du récent Into the Woods du beaucoup plus talentueux Rob Marshall qui savait habilement jongler avec tout, en plus d’astucieusement passer de la scène à l’écran.

Et si ici les faux pas se succèdent, on regrette que l’apport du brillant Stephen Chbosky au scénario, recruté par Emma Watson elle-même après leur collaboration au sublime The Perks of Being a Wallflower, soit noyé dans la bouillie habituelle de Evan Spiliotopoulos, remplie de raccourcis et de backstory mal dirigés assez inutiles merci, lui qui vient récemment de livrer l’intolérable The Huntsman: Winter’s War. Et parlant de Watson, disons qu’elle continue de nous démontrer que l’après-Harry Potter est tout sauf facile dans une succession de rôle variés qui nous démontrent que ses capacités de jeu sont des plus limités. Ce ne sera pas vraiment mieux du reste de l’excellente distribution qui ne saura que faire autant dans leurs rôles vocaux que leurs rôles physiques, que ce soit Ian McKellen, Dan Stevens, le pauvre Kevin Kline ou même Emma Thompson pour ne nommer que ceux-là. Et pour Ewan McGregor, de s’avouer qu’il parvient à ruiner l’indémodable Be Our Guest dans une séquence tellement dégoulinante de mauvais goût, disons qu’on n’ose pas trop y repenser.

Et, pour rester dans le thème du mauvais goût, disons que dans cette Europe américanisée avec une mentalité archaïque et des accents forcés, il est bien dur d’oublier qu’au fond de tout il s’agit d’une troublante histoire d’une jeune fille en pleine puberté courtisée par des hommes qui ont presque le double de son âge pour la marier.

Mais bon, nul n’est notre désir de changer une formule classique, seulement de réaliser assez rapidement que tout le charme du dessin animé perd beaucoup de son efficacité en prenant forme dans notre réalité. Surtout aussi parce que le trop plein d’artifices devient très vite intolérable pour le regard (ce qui est soi-disant beau est rapidement laid, tous ces décors superficiels très forcés surtout), mais également parce que les effets spéciaux sont loin d’être à la hauteur de ce qu’on a l’habitude de voir. Parce que les fonds verts sont rapidement discernables et aussi parce que la fameuse bête est affreusement créée et même risible lorsqu’on s’y concentre avec plus d’attention, histoire de se sortir de son ennui.

Enfin, Beauty and the Beast démontre sans mal le pire de ce que ces adaptations des classiques de Disney ont à offrir. Indigeste, se croyant ô combien extraordinaire avant même la ligne d’arrivée, mal filmé (quand ça bouge, on ne voit pas grand-chose), bâclé et difficilement supportable ou tolérable autant pour les yeux, les oreilles ou l’esprit, on aura bien quelques fous rires involontaires causés par le dégoût, mais pour le reste on voudra oublier le plus rapidement cette mascarade pour retourner vers le petit chef-d’œuvre qui a jadis bercé notre enfance et qui a difficilement pris une ride.

4/10

Cette nouvelle version de Beauty and the Beast prend l’affiche en salles ce vendredi 17 mars.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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