Martin Matte a gardé son plus gros malaise pour la fin

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Jim Chartrand

Épuisé et visiblement en grand manque du pouvoir énergisant de la scène, il est dommage que Martin Matte, après son excellente troisième saison – sa plus accomplie, a succombé aux pressions de la chaîne TVA pour donner un dernier tour de piste à l’une de leurs plus grosses vaches à lait: la série à succès Les beaux malaises. Suivant le débat de l’appréciation partagée de cette finale, voici l’occasion de se faire sa propre idée et de la rattraper en DVD pour ceux qui l’ont manquée.

Disons le tout de suite, cette finale en deux volets (un épisode sur l’adaptation de la série en France et un autre double qui vient mettre un terme à la série), n’est pas du tout à l’image de la qualité aussi ambitieuse qu’audacieuse des trois saisons qui ont précédées. Écrit visiblement à la va-vite et tourné dans le même empressement sans la participation de Francis Leclerc à la réalisation (remplacé ici par les pourtant notables Nicolas Monette et Ricardo Trogi), on se désole qu’on tombe presque constamment dans la facilité en amplifiant les références, les running gags et en doublant ce qui marchait pourtant mieux la première fois. Disons que la maladresse des réparations, pour ne parler que de cet exemple, on finit par en comprendre le principe.

Ainsi, mis à part des écarts de folie qui font changement et de rares cameos qui visent vraiment juste, par exemple la présence du toujours excellent Guillaume Lambert ou ce moment délirant avec la toujours fantastique Michèle Deslauriers, la majorité des mises en abyme pourtant si ingénieuses dans la troisième saison n’ont ici aucune justification. Elles sont confuses et ont bizarrement du sens, surtout qu’elles reviennent ad nauseam comme leitmotiv incertain de l’heure qui compose la finale.

Comme quoi c’était bien pensé de voir Martin Matte faire face à la fin de sa série dans un contexte semi-fictif, mais entre les acteurs qui jouent une version de leur propre rôle et d’autres qui doivent en comparaison être perçus comme des « personnages » (Jean-François Mercier en homme ordinaire, vraiment?), on finit par perdre le fil, surtout lorsqu’on décide de nous ramener une galerie flamboyante de personnages du passé (le coup habituellement classique de toute finale qui se respecte) qui sont finalement les acteurs les moins connus et/ou prestigieux, donc, ceux qui étaient disponibles pour le tournage.. (On n’aurait pas dit non à un retour de Robert Lepage ou à une meilleure justification pour l’absence de Catherine Proulx-Lemay). Le côté opéra rock, malgré l’efficacité de l’excellente chanson des Rolling Stones, n’ayant définitivement pas l’effet escompté pour vraiment clore le tout.

Ce genre de raccourci qui apparaît comme une paresse de convenance est également immensément présent dans l’épisode en France qui limite les lieux de tournage, priorise les scènes intérieures et exhibe un Vieux-Port de Montréal grandement reconnaissable.

Et si la pochette est aussi soignée qu’à l’habitude, on se désole que la rapidité de la sortie semble aller de pair avec la facilité que semble avoir Martin Matte à se départir de ce qui a pourtant été son beau bébé qu’il couvait si bien jusqu’à maintenant (la plogue de son nouveau spectacle de tournée sera aussi parmi les gags qui tombent à plat).

Dénuée de tous suppléments, on aurait bien voulu que l’édition contienne ne serait-ce qu’un making of, des épisodes commentés comme pour la saison précédente ou, encore mieux, de nouveaux bloopers qui se sont toujours présentés comme un élément complémentaire essentiel. Cela aurait été plus satisfaisant que les simililarmes reluisantes sur la pochette et le disque inclus avec la finale qui contiendrait vraisemblablement les chansons les plus marquantes de la série, soit 14 titres aléatoires (québécois faut-il mentionner) dont le bref thème musical de trente secondes par Fred Fortin. Si plusieurs nous ramènent de sympathiques souvenirs en tête, notamment Alive Again de DJ Champion ou Calfeutrer les failles de Tire le Coyote, on réalise rapidement que des titres beaucoup plus marquants (et possiblement plus chers à inclure) ne s’y trouvent pas. Ce gentil « cadeau » devient alors une excuse un peu déloyale pour justifier l’achat dispendieux d’à peine une heure de matériel, à défaut d’offrir certains titres moins connus et/ou plus difficiles à trouver ou retrouver.

Enfin, mettre fin à une télésérie n’est jamais chose facile et rares sont celles qui y parviennent véritablement. C’est donc dans cette optique que Martin Matte laisse tristement un drôle de goût en bouche pour ce qui aura pourtant été l’une des propositions les plus rafraîchissantes de notre télévision depuis un bon moment, en humour en tout cas (Série noire, on ne t’oublie toujours pas).

5/10

Les beaux malaises – La grande finale est disponible en DVD depuis le 28 février. Le même jour est également sorti un coffret intégral incluant une version en format Blu-Ray, une première pour la série, ainsi que le disque compilation pour ceux qui ne veulent que les chansons choisies et sélectionnées par Martin Matte lui-même.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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