Scotopia: les apparitions qui émergent entre-deux

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René-Maxime Parent

Obscure de l’extérieur, la Centrale galerie Powerhouse était plongée dans la pénombre des « blacklights » dans le cadre de l’exposition Scotopia de l’artiste visuelle Emily Pelstring présentée du 3 février au 3 mars. Après avoir franchi la porte, quatre stations s’illuminent de leurs particules fluorescentes gravitant autour de leur projection animée en suspension.

« C’est comme si tu étais assis dans ton salon, qu’une lampe est allumée, et qu’en regardant par la fenêtre tu vois la lampe flotter au-dessus de la rue. C’est le même genre d’effet », m’explique l’artiste Emily Pelstring. Chacune des installations intègre une télévision à écran cathodique jouant une animation dont la lumière est reflétée sur un écran de verre. Dans l’œuvre Skeleton Woman, cette animation est un masque flottant qui apparaît devant ou à l’intérieur d’un microcosme bricolé sur une plateforme. Un lit de quartz rose, de croustilles Doritos et de vrilles jaunes attisées par la « blacklight ».

« J’ai fait un rêve », me confie l’artiste après lui avoir demandé quel a été l’élément déclencheur pour passer de la vidéo à la sculpture. L’œuvre Sleepers est une maquette surréelle représentant la maison de son enfance où deux jeunes filles dorment devant le téléviseur. Deux mains projetées surgissent du plancher. Entre la vidéo simpliste et la sculpture maladroite, la valeur des œuvres prend forme dans l’entre-deux. Chacune des installations est un autel dédié à un archétype féminin : figure mythologique, personnage de conte de fées ou divinité.

« Le corps féminin est présent dans toutes les œuvres, mais se sont des femmes qui ont été privées d’une partie d’elle-même et qui ont reçu quelque chose de magique pour compenser », spécifie l’artiste. L’œuvre The Maiden’s Hand est la plus sculpturale des quatre. Il s’agit d’un socle entouré de tissus dans lequel un écran cathodique est intégré et tourné vers le haut. Au centre de la surface, il y a une main argentée dont le rouge fluorescent des ongles brille sous l’éclairage. Une pyramide de verre inversée emboîte la main afin que le dessin animé soit reflété dans un angle où il entoure le poignet.

Devant l’œuvre inspirée du conte de fées La jeune fille sans mains, dans lequel le père coupe les mains de sa propre fille et qu’en échange elle reçoit des prothèses en argent, il y a une œuvre faisant référence au mythe grec de la Méduse. Les yeux et les serpents entrelacés de la tête déposée devant l’écran bougent et s’illuminent. À la différence des autres téléviseurs, celui-ci est recouvert comme s’il était en pierre puisque quiconque regarde la Méduse dans les yeux se change en pierre. Cette subtilité dans la représentation répond à l’ambiance crée par les couleurs fluorescentes relevées par les « blacklights ».

Au vernissage, en plus de la bière locale, on avait le choix entre deux saveurs de jello, des réglisses et les fameuses Doritos.

L’exposition Scotopia de l’artiste visuelle Emily Pelstring est présentée jusqu’au 3 mars à la Centrale galerie Powerhouse.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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