Gold: la ruée vers l’ennui

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Jim Chartrand

Il y a peut-être une histoire fascinante et un film d’intérêt derrière le Gold qui nous est offert, mais le produit final qui nous est livré est un leurre terrible d’un ennui pour le moins des plus intéressant.

Comment un fait réel aussi surprenant peut-il donner un film aussi plat? Comment autant de talent réuni peut-il ne pas créer d’étincelles? C’est ces questionnements qui fascineront tout du long du visionnement de cette énième quête d’or qui rappelle que jadis, Matthew McConaughey était loin d’être un acteur qu’on prenait au sérieux.

En ruinant son physique et en reprenant tous ses tiques des dernières années, la passion et la conviction en moins, oui, on comprend la folie qui habite le personnage de Kenny Wells qui, foulant les traces de son paternel, rêvait métaphoriquement et littéralement de trouver de l’or coûte que coûte. On a bien plus de mal toutefois à suivre ses aventures qui n’ont que bien peu de tonus entre son amourette conventionnelle avec la toujours aussi fade Bryce Dallas Howard, ou encore son amitié forcée avec Edgar Ramirez qui fait le boulot sans vraiment plus, semblant toujours intrigué de sa présence à l’écran et dans les scènes auxquelles il participe.

Peut-être que d’avoir confié le scénario à deux habitués du format télévisuel n’a pas aidé à ralentir le tempo et à donner des airs davantage anecdotiques à l’ensemble, mais lorsque le brillant compositeur Daniel Pemberton qui a vitalisé avec panache les plus récents opus de Guy Ritchie, Danny Boyle et même le mal-aimé The Counselor de Ridley Scott, disons qu’on se demande encore plus comment un cinéaste comme Stephen Gaghan peut un jour avoir offert le très bon Syriana qui avait bien tracé son trajet vers les Oscars. On se rapproche ici bien plus de son oubliable Abandon, alors que Gold rappelle son talent ambigu en créant un fantasme de film oscarisable, sans en avoir si le potentiel, ni les caractéristiques.

Le problème c’est que le film n’a pas de personnalité et même les bons choix musicaux, incluant une nouvelle chanson de Iggy Pop, ne parviennent pas à être bien utilisés. Sans rythme, raconté un peu pêle-mêle grâce à des procédés narratifs dépassés, on se demande pendant longtemps ce qui peut bien intéresser dans toute cette histoire qui est au fond un film d’arnaque relativement camouflé, mais qui prend ses vraies couleurs qu’au trois quarts de la production.

Certes, lorsque le tout s’emboîte comme une histoire plus grande que nature, nos sens commencent à se titiller et on se dit qu’on va peut-être finalement se rapprocher d’un Wolf of Wall Street, mais quand le produit n’a même pas l’audace du Pain & Gain de Michael Bay, disons qu’on se désole de revivre encore un War Dogs et son immense déception du mauvais traitement d’une histoire digne de mention.

Gold est donc un pétard mouillé. Un bon sujet détourné en un produit aux limites médiocres qui traite de sujets importants sans savoir comment s’y prendre. Dénué de tout potentiel avant même la ligne d’arrivée, on y voit ici une panoplie d’éléments qui se font ruiner un à un, nous traînant sans conteste dans leur longue et pénible descente vers l’ennui.

3/10

Gold prenait l’affiche en salles le vendredi 27 janvier.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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